Récit de la Diagonale des Fous - les 27, 28 et 29 octobre 2000 Le Grand Raid - Traversée de l'île de la Réunion |
|
La Diagonale des Fous ... il faut l'avoir courue au moins une fois pour comprendre réellement ce que cela veut dire. Imaginez-vous ... 128km ... 8099m de dénivelé positif ... le tout dans un temps limite de 60h. Nous sommes prévenus par Robert Chicaud, l'organisateur de la course : "Vous allez courir l'équivalent de 8 marathons ... ou si vous préférez, cela correspond, en effort, à l'ascension de la Tour Eiffel, pas une fois, mais trente fois ... alors, bon courage à tous. Peu importe le temps que vous mettrez, mais surtout n'oubliez pas de boire et manger, et profitez du spectacle merveilleux de la nature autour de vous, prenez-en plein les yeux et pour terminer cette course, battez-vous contre les autres, mais avant tout, battez-vous contre vous-même, dépassez-vous ... je vous attends, tous, au Stade de la Redoute, à Saint-Denis." Arrivés quelques jours avant la course, nous avons pu reconnaître les endroits les plus durs, afin de nous rendre compte des difficultés que nous allons rencontrer tout au long du parcours. Le départ, du Stade Langevin de Saint-Joseph, à 17m d'altitude, au sud de l'île, est donné à 4h du matin le vendredi 27 octobre, mais nous devons y être vers 2h30, pour pouvoir déposer les affaires que nous souhaitons retrouver aux 2 grands points de contrôle et qui sont acheminés par l'organisation. Un par un, nous passons dans un couloir pour la vérification de nos sacs et du matériel obligatoire (réserve d'eau, lampe + pile et ampoule de rechange, pommade, couverture de survie, sifflet). Encore quelques pas dans le couloir et nous passons au contrôle dossards, ils sont tous équipés d'un code barre et doivent être initialisés, grâce à une espèce de raquette que des bénévoles nous font passer devant, ce qui déclanche le Bip prouvant que tout est en règle. A partir de ce moment là, il n'est plus possible de faire marche arrière, nous sommes parqués dans un terrain de foot, entouré de 2 rangées de barrières, pour éviter aux éventuels tricheurs de partir jusqu'au premier pointage par d'autres moyens que la course à pied (cela s'est vu ... paraît-il !!!). Une buvette géante est installée dans le stade et nous pouvons tous prendre un copieux petit déjeuner en attendant l'heure fatidique. Le départ est commun pour les 2168 inscrits du Grand Raid de 128km, les 200 du Semi Raid de 70km et les 200 du Mini Raid de 25km. Il est 4h, toutes les lampes frontales sont allumées, et c'est la délivrance pour les 2568 Fous qui vont devoir sortir du stade en passant entre les poteaux du but qui servent de ligne de départ ... 7m de large pour évacuer tout ce petit monde ... il faudra un peu de temps pour que les derniers puissent sortir ... Aux dires des derniers, c'est un spectacle formidable que de voir ce long serpent lumineux s'étirer dans les petits chemins, montant jusqu'au volcan, 28km, plus loin (3h10 pour les meilleurs et 9h pour les moins bons). Il faut d'abord suivre un chemin, à moitié bitumé et bétonné, pendant 10,5km, tout en virages et bordé des deux côtés par des immenses cannes à sucre, avant d'arriver au 1er contrôle, à 631m d'altitude (55' pour les meilleurs et 2h20 pour les moins bons). C'est en arrivant au 3e contrôle que les 200 participants du Mini Raid vont nous abandonner, pour les autres, le spectacle continue, nous allons maintenant traverser la Plaine des Sables (lieu magique, véritable paysage lunaire fait de sable noir et de petits cratères), puis nous devons grimper à l'Oratoire Sainte Thérèse (2411m, point le plus haut de la course), par une belle côte de 1,3km pour 200m de dénivelé, nous sommes au 32e km. Pendant environ 12km, nous ne rencontrons aucune difficulté, nous redescendons jusqu'à 1600m d'altitude sur des chemins très roulants, c'est là que les costauds font la différence, ensuite, il faut attaquer la montée du coteau Kerveguen, très glissante, mais rien par rapport à la descente qui suit ... La descente de Kerveguen, 3,3km de long, de 2204m, nous descendons à 1380m, par un sentier gorgé d'eau, ou chaque virage est une aventure. Il n'y a pas 10m de ligne droite, cela tourne sans arrêt, et pour faciliter la descente (ou montée dans l'autre sens), les marches étant trop hautes, des échelles (une dizaine, de 5 à 10 barreaux) ont été installées pour pouvoir accéder au Cirque de Cilaos. Pour les premiers comme pour les derniers, la descente de Kerveguen reste un sujet de conversation, même de nombreux jours après la course. Encore 5km et c'est l'arrivée à Cilaos, 1er grand ravitaillement (repas chaud, douche, massage, lit pour se reposer, infirmerie), et c'est aussi l'arrivée pour les 200 participants du Semi Raid. Pour les meilleurs, la pause de Cilaos ne dure que 2 à 3' et pour les autres, c'est variable, cela va de 20' à 2h voire 3h, c'est selon l'état de fraîcheur. Il faut dire que la descente de Kerveguen n'est pas facile de jour, mais que dire de ceux (nombreux) qui ont du l'affronter de nuit, après 17 ou 18h de course dans les jambes. Les premiers sont arrivés à Cilaos le vendredi à 11h14' (7h14' de course) et les derniers vers 5h le samedi matin (25h de galère) ... En quittant Cilaos, nous sommes dans un cirque et pour en sortir, il n'y a qu'une seule solution, grimper ... et nous ne tardons pas à la rencontrer cette grimpette. Après 5km de sentiers pas trop difficiles, nous arrivons au pied du Col du Taïbit. De nuit comme de jour, la distance est la même pour tout le monde : 4km de montée pour un départ à 1250m et une arrivée à 2082m. Après le Cirque de Cilaos, du haut du Col du Taïbit, nous plongeons dans un autre Cirque, celui de Mafate, en passant par Marla (1620m), puis nous traversons la Rivière des Galets (1460m) avant de remonter vers la Plaine des Tamarins (1770m). De Cilaos au Col du Taïbit, il y a 8km et encore 8km pour atteindre la Plaine des Tamarins. En montant pendant 1,6km le Col des Boeufs (1988m), nous quittons le Cirque de Mafate. Nous entrons alors dans le Cirque de Salazie. En 6km de descente, nous arrivons à Grand Sable (1040m), puis encore 5km en légère montée pour arriver à Grand-Ilet, au 2e grand ravitaillement (repas chaud, douche, massage, lit, infirmerie). De Cilaos à Grand-Ilet (28,5km), les meilleurs vont courir 4h15 et les moins bons 14 ou 15h ... Les premiers passent à Grand-Ilet le vendredi 27 à 15h30 alors que les derniers y seront le dimanche matin, avant 4h, pour ne pas être disqualifiés ... Nous avons déjà parcouru 95km, quand nous quittons Grand-Ilet, et comme à chaque fois, pour sortir d'un Cirque, il faut grimper, nous ne tardons pas à arriver après 2km tranquilles, au pied de la Roche Écrite. En 3km, nous allons passer de 1130m à 2050m. Pour certains, à peine 1h30 et pour d'autres, entre 4 et 5h de montée avec les derniers mètres munis de câbles, afin de sécuriser tout le monde. Une fois la crête avalée, et les 100km franchis, ce n'est plus qu'une longue descente vers l'Océan et la ville de Saint-Denis, que tout le monde a hâte de revoir. Mais il reste encore 28km, pas faciles, car les quelques bosses qu'il faut encore passer sont de véritables pitons, pas longs, mais casse-pattes, les meilleurs vont mettre 3h45 pour rejoindre le Stade de la Redoute. Pour les derniers, 8h, 9h, 10h, peu importe, car pour tous, ce qui compte, c'est d'arriver dans le stade avant 16h le dimanche. Tout au long du parcours, plus de 800 bénévoles, pour nous servir du café chaud, des repas chauds, nous masser, nous réconforter, nous soigner, nous encourager, même dans des endroits ou l'on se croit seul, perdu au milieu de nulle part, il y a toujours quelqu'un pour vous aider à repartir. Que dire des Réunionnais, qui pendant 3 jours, nous ont encouragés, acclamés, certains nous ouvrent leur maison pour que nous puissions nous reposer, d'autres font des feux de camps pour nous guider, c'est vraiment une aventure qu'il faut connaître au moins une fois dans une vie de coureur à pied, et comme le dit Gilles DIEHL (vainqueur en 16h43'54"), sur le podium d'arrivée : "Peu importe la place à l'arrivée, chacun a gagné sa propre course".
Récit de la course d'Éva (dossard 1657) "Nous sommes vendredi 27 octobre et le réveil sonne. Il est 1h du matin, le groupe s'active, pour certains, le réveil est difficile, dernières préparations. Je vérifie mon sac à dos et l'équipement obligatoire (je l'ai déjà fait 2 fois hier ... mais ça me rassure), j'ai ma couverture de survie, mon sifflet, ma lampe frontale, mes piles et mon ampoule de rechange, ma pommade et surtout mon road-book. Il ne faut rien oublier, sous peine d'être refusée sur la ligne de départ, ça serait dommage ... venir de si loin ... Il est 2h, tout le monde est prêt, nous partons vers le départ ... C'est impressionnant de voir autant de monde se diriger vers le stade Langevin, il fait nuit, mais on a l'impression d'être en pleine journée tellement les projecteurs sont puissants. Je suis dans le couloir de contrôle des sacs, et je commence sérieusement à stresser ... Une fois mon sac vérifié par les commissaires, je me retrouve parquée dans un enclos d'où je ne peux plus faire marche arrière. Je retrouve Fabrice et les copains avec qui nous avons fait le voyage, Jean-Claude et Joëlle. Nous profitons du temps qui nous reste pour prendre un copieux petit déjeuner. Nous sommes nombreux, presque 2500, mais tout ce passe sans aucune panique. Je remets de la vaseline sur mes pieds, on fait quelques photos. Le départ est imminent ... je suis très énervée, ma copine, Joëlle, aussi. Jean-Claude, qui veut faire une bonne performance est parti à l'avant pour ne pas trop piétiner au départ, il nous a souhaité une bonne course et nous a brièvement rappelé que toutes les séances d'entraînement qu'on avait pu faire, de jour comme de nuit, c'est aujourd'hui, que cela va nous servir. Il est 4h, le départ est donné, nous sommes tous libérés et c'est très impressionnant de voir toutes ces lampes frontales, éclairer les champs de canne à sucre que nos traversons, en suivant un large chemin. Après 1h de montée, je demande à Joëlle si tout va bien, elle me réponds oui, nous continuons donc au même rythme, jusqu'au premier ravitaillement. Cela fait 2h que nous courons, nous en profitons pour inspecter nos pieds (ils doivent nous amener jusqu'au bout, il faut en prendre soin), nous faisons le plein d'eau et après avoir mangé, nous repartons. Nous empruntons, maintenant, un petit chemin escarpé, toujours en montée, mais un peu plus difficile à cause des obstacles (rondins de bois) qu'il nous faut franchir sans arrêt. Il est presque midi quand nous arrivons au parking du Volcan, nous avons fait 28km et nous décidons de faire une pause pour nous restaurer. Nous ne perdons pas beaucoup de temps et notre pause ne dure qu'une demi-heure. A peine sommes nous reparties, que le paysage qui s'offre à nous, nous paraît irréel, tellement il est magnifique, nous courons sur le chemin de la Plaine des Sables, qui nous emmène jusqu'à l'Oratoire Ste Thérèse (point le plus haut de la course, 2411m). Pour y parvenir, nous entamons une longue montée sur un chemin étroit et rocailleux, tout en lacets. Arrivées au sommet, la fatigue commence à se faire sentir, le dessous de mes pieds me brûle, j'ai mal aux muscles des cuisses. Joëlle commence à avoir des ampoules, nous enlevons nos chaussures, pour soigner nos pieds afin de pouvoir repartir. Nous entamons une portion de parcours très roulante, quelques clôture à franchir, grâce à des petites échelles, assez faciles à escalader, nous courons pendant presque 5 ou 6km sans difficultés. Notre copain Dominique, qui a accompagné un groupe de marcheurs jusqu'au mini raid, nous a rejoint après l'Oratoire Ste Thérèse, il va rester avec nous, pour nous encourager et nous aider. Il est 16h40, nous arrivons à Mare à Boue, et déjà 50km de fait. Le moral commence à baisser, nous prenons 1h de pause pour bien nous restaurer, refaire nos pansements et surtout nous redonner du courage pour repartir, car il commence à pleuvoir et la nuit tombe. Les bénévoles du ravitaillement nous préviennent que, pour aller jusqu'à Cilaos, le parcours est extrêmement difficile, surtout de nuit, dans la descente de Kerveguen, car nous allons devoir franchir de nombreuses échelles, mais ils nous encouragent à repartir. Pour progresser, nous avons remis nos lampes frontales et nous sommes rejoints par un autre groupe, c'est en effet plus prudent d'être plusieurs pour affronter les difficultés qui nous attendent. Dominique nous raconte quelques blagues, pour détendre l'atmosphère, c'est vrai que c'est plus facile d'avancer en riant un peu ... Course, marche, nous alternons avec de plus en plus de marche ... Je suis déjà tombée plusieurs fois, j'ai de la boue partout, je ne sais plus où je mets les pieds ... il pleut à verse ... j'en ai marre ... et nous n'avons pas encore commencé la fameuse descente de Kerveguen ... il faut continuer ... Dominique nous ouvre le passage, dans la lumière de sa lampe, plusieurs fois, Joëlle aperçoit le vide, qui l'effraie, elle doit faire un gros effort pour continuer. Nous marquons un temps d'arrêt pour changer les piles de la lampe de Joëlle qui vient de lâcher ... mais rien à faire, elle ne veut plus fonctionner. Nous sommes dans la descente depuis 2h et le moral est au plus bas ... Dominique a beau nous rassurer, nous n'en pouvons plus, mais nous avançons toujours, nous passons plusieurs échelles sur les fesses, j'ai de plus en plus envie d'arrêter, mais il faut aller au moins jusqu"à Cilaos. Nous croisons une équipe de la Croix Rouge, qui monte, récupérer des personnes en difficultés, un peu plus haut. Nous en profitons pour leur demander combien de temps nous faut-il pour arriver au prochain ravitaillement : environ 1h, nous disent-ils. Nous sommes maintenant une bonne dizaine de coureurs soudés, dans la galère, le moral dans les baskets ... mais avec une envie folle de voir Cilaos. Enfin, nous approchons d'une zone éclairée ... de la lumière, c'est le ravitaillement. Joëlle s'écrit : On va pouvoir dormir un peu ... mais hélas, notre joie est de courte durée, c'est bien un ravitaillement, mais pas celui de Cilaos ... il reste environ 1h30 pour y arriver ... Dominique propose de faire une pause pour prendre une bonne soupe bien chaude, et de repartir tranquillement pendant que la pluie ne tombe plus, surtout qu'il n'y a pas de difficultés jusqu'à Cilaos ... sauf la rivière à traverser. Enfin, nous arrivons à Cilaos, il est 2h du matin, déjà 22h que le départ a été donné. Ma première pensée est de prendre une bonne douche bien chaude ... je suis fatiguée et mes pieds me font mal ... je peine pour enlever mes chaussures ... hélas, il n'y a plus d'eau chaude, qu'importe, je me lave à l'eau froide, Dominique et Joëlle en font autant. Nous allons nous coucher dans un immense dortoir où dorment déjà de nombreux concurrents ... Il est 4h et je tourne en rond, je ne trouve pas le sommeil, d'autant plus que des groupes se préparent à repartir ... Soudain, quelqu'un entre dans le dortoir et se met à crier : Pour ceux qui abandonnent, un autocar peut les redescendre à St Denis, mais il part à 6h .... Je regarde ma montre, il est 5h30 . Que faire ? ... Joëlle est comme moi, nous sommes trop fatiguées et ça nous paraît plus raisonnable d'arrêter la course ici, nous réveillons Dominique pour l'informer de notre décision. Il décide d'en faire autant et nous rendons nos dossards avant de monter dans le car qui va nous conduire au stade de la Redoute à St Denis. Je suis extrêmement déçue ... mon but était d'arriver dans les 60h, mais au fond de moi, je suis quand même satisfaite, car j'ai fait 70km en 22h avec plus de 4000m de dénivelé, dans des conditions difficiles, surtout de nuit, une chose que je n'avais encore jamais réalisé jusqu'à ce jour. C'est vrai, il ne restait que 58km et en repartant à 6h du matin de Cilaos, les 34h restantes pouvaient nous permettre de rejoindre St Denis ... mais dans quel état ? ... et puis, c'est trop tard, notre décision est prise, le dossard est rendu ... direction St Denis ... mais en car. Pour réussir ce genre d'épreuve, il faut un entraînement bien adapté et bien se connaître, pour pouvoir aller au delà de sa souffrance ... Ce n'est qu'un demi échec, car j'ai maintenant acquis une expérience, et j'ai déjà envie de refaire le voyage vers la Réunion pour cette fois, franchir la ligne d'arrivée." Récit de la course de Fabrice (dossard 1656) "J'avais annoncé que j'essaierai de finir cette course aux alentours de 35h, je m'aperçois que je ne m'étais pas trompé de beaucoup. Dès que cela m'a été possible, après la cohue du départ, je me suis mis à courir, lentement, c'est vrai, mais j'en ai quand même profiter pour arriver, au premier pointage à la 631e place, je pense avoir pris le départ dans le milieu du peloton, je n'ai d'ailleurs fait que de doubler dans toute la première montée. A la sortie du 1er pointage, nous avons emprunté un petit chemin, très glissant, pas large où il était impossible de doubler, nous sommes donc tous restés en file indienne, en marchant, la plus part du temps, ce qui permet quand même de reprendre un peu son souffle et ses esprits. Nous courons maintenant sur la crête du Volcan ... impressionnant ... 50 à 100m de vide à droite et l'on aperçoit même les coulées de lave toutes noires des anciennes éruptions, mais il faut faire attention où l'on met ses pieds, donc regarder devant soi reste la meilleure solution, pour continuer d'avancer. Au ravitaillement du 28e km, je mange un bon casse croûte au jambon, une banane et je bois un grand verre de boisson sucrée. Je refais le plein d'eau dans ma réserve et je repars assez rapidement. Après avoir traversé la Plaine des Sables et monté jusqu'à l'Oratoire Sainte-Thérèse, une bonne portion sans grandes difficultés me permet de courir pendant environ 1h, un peu de plat et de descente, font du bien aux jambes. Cela me fait 8h24 de course, quand j'arrive au premier grand ravitaillement. Je m'offre une grande assiette de purée, une autre de pâtes et un bon morceau de poulet. Pour l'instant, tout va bien, je n'ai mal nul part et en plus, j'ai le moral au beau fixe. Après la longue montée jusqu'au coteau de Kerveguen, il faut, pour arriver à Cilaos, franchir la descente de Kerveguen ... Quelle belle descente, faites de pierres glissantes, de marches tellement hautes que des échelles ont été mises en place pour que l'on puisse progresser, 3,3km ... interminables ... et encore, il fait jour. J'ai une pensée pour Éva, qui va certainement passer de nuit ... Le ravitaillement, au pied de la descente, où je ne m'arrête pas, nous indique qu'il faut un peu plus d'une heure pour rejoindre Cilaos. Je repars en trottinant, cela fait un bon moment que je n'avais plus couru, en compagnie d'un concurrent du Semi Raid, pour lui, c'est bientôt la fin. Nous nous encourageons mutuellement, mais en traversant la rivière, je glisse sur une pierre et je tombe dans l'eau, heureusement, j'arrive à me rattraper de justesse et je ne suis qu'à moitié trempé. Il ne faut pas traîner, je ne sis plus qu'à 15' de Cilaos, et j'ai des affaires de rechange qui m'attendent là-bas. Je pointe au contrôle de Cilaos en 13h09'23" (70km). Je demande mon sac de linge, une bénévole me le donne en moins d'une minute ... super ... je vais pouvoir me laver un peu les jambes qui sont remplies de boue, depuis ma cabriole dans l'eau, et changer de chaussettes et de chaussures. J'en profite pour remettre un maillot sec et chaud et je change aussi de short. C'est tout neuf et surtout tout sec, que je peux rentrer dans la grande salle qui fait office de restaurant. Il n'y a pas d'attente, à peine je commande une soupe, des pâtes et du jambon, que déjà une jeune femme m'apporte la soupe, le temps de préparer le reste, l'organisation est vraiment au top. Au moment de repartir, je vois 2 copains qui arrivent pour manger et je décide de rester un peu avec eux pour pouvoir repartir ensemble de nuit, ce qui fait que j'ai passé 2h à Cilaos, avec le recul, je pense que c'est trop. Nous avons quitté Cilaos à 19h ... Nous avons passé le Col du Taïbit sans trop de difficultés, mais c'est après que j'ai commencé à avoir des problèmes. J'avais froid, et en arrivant à Marla, n'ayant plus de place pour dormir au chaud, j'ai préféré continuer pour ne pas attraper encore plus froid, pendant que mes 2 copains prenaient une soupe chaude. Je leur ai dit, qu'ils me rattraperaient le long du chemin. Mais à 3h du matin, je n'avançais plus, j'ai décidé de m'arrêter dormir au pointage de la Plaine des Merles ... Réchauffé et requinqué grâce aux boissons chaudes et au sommeil, c'est vers 4h30 que je suis reparti, pour une descente vers Grand-Ilet, à peine 3h. Il va me falloir des forces pour attaquer la Roche Écrite, donc je m'impose un arrêt au ravitaillement de Grand-Ilet où je mange un bon petit déjeuner, toujours des pâtes, de la purée et du blanc de poulet, un bon café et c'est reparti ... enfin presque, je vois mes 2 copains qui sont là, je les croyais beaucoup plus loin. Ils ne sont pas bien du tout, il y en a 1 qui repartira de là-bas en autocar, abandon, c'est dur ... et le 2e mettra presque 16h pour rejoindre le stade de la Redoute ... Cette fois, je ne suis resté que 30' au ravitaillement, je me sens bien, il est 8h, je repars, ça fait déjà 28h de course ... Je pointe au sommet de la Roche Écrite, à 10h17', je n'en reviens pas d'être déjà en haut, c'est bon signe, je repars en courant, j'en profite pour doubler quelques concurrents ... La descente de Colorado est longue, très longue, on n'en voit pas la fin, et soudain, les bruits des haut-parleurs, la musique, les applaudissements ... je passe sous le pont de l'autoroute ... la route du stade ... l'entrée dans le stade ... il y a du monde partout ... un tour de piste et ça y est, je réalise que je l'ai fait ... j'ai fini mon premier Grand Raid ... Joie, émotion, tout se mélange un peu dans ma tête, j'ai les larmes aux yeux, quand une jeune femme me passe la médaille autour du cou et me remet le maillot, que seuls, ceux qui franchissent la ligne d'arrivée dans les délais, peuvent porter, et sur lequel est inscrit : Le Grand Raid 2000, j'ai survécu. J'ai réalisé cet exploit (oui, pour moi, je considère ça comme un exploit) en 36h22'40", bien loin derrière les premiers, c'est sur, mais j'ai terminé, et c'est ce qui est le plus important pour moi, j'ai réussi à me dépasser, sans me blesser, aucune ampoule aux pieds, quelques courbatures, mais rien de catastrophique. Je pense que si je retourne participer un jour à cette course, je la ferai avec Éva, pour qu'elle puisse passer la ligne d'arrivée, peu importe le temps, j'aimerai qu'elle aussi puisse connaître ce petit moment de bonheur."
|
Éva et Fabrice, avant le départ
Éva rattrapée par Dominique
Éva, Joëlle et Dominique
Fabrice dans la Plaine des Sables
Fabrice arrivant à Grand-Ilet
La 15e édition du Grand Raid aura lieu les 19, 20 et 21 octobre 2007.
Renseignements : http://www.grandraid-reunion.com/ E-mail : info@grandraid-reunion.com
ASSOCIATION LE GRAND RAID 168 rue du Général de Gaulle 97400 St. DENIS Tel : 02 62 20 32 00
Fax : 02 62 94 19 20
|