Récit TDS - 30/31 août 2012 - Chamonix - 74 -------------------------------
A peine quelques minutes après avoir franchi la ligne d'arrivée de la CCC, fin août 2011, j'ai tout de suite dit que j'allais revenir à Chamonix, pour participer, encore une fois à cette grande fête du Trail en France. Malheureusement, par manque de point, pour m'inscrire à l'UTMB, j'ai été contraint de récidiver sur la CCC et comme l'an dernier, j'ai attendu impatiemment le tirage au sort, pour savoir si j'allais pouvoir être à nouveau au départ ... Grosse déception à la réception du mail de l'organisation : " Désolé, mais vous n'êtes pas pris pour la CCC ..." Heureusement, il y avait une proposition, que je n'ai pas mis longtemps à accepter : "Vous avez le nombre de point suffisant pour être basculé sur la TDS, car il reste encore quelques places ..." Il ne m'a pas fallu plus de 5 minutes pour réfléchir et répondre favorablement à cette proposition. Me voilà donc au départ de la TDS et dans mon aventure, j'ai embarqué mon copain Serge, qui était venu m'encourager l'an dernier. Lui aussi a été refusé sur la CCC et dès que je lui ai dit que j'avais opté pour la TDS, il a aussitôt fait de même. Daniel, qui a fait la CCC, avec moi, l'an dernier, est inscrit, cette année, sur l'UTMB. Dès que nous avons eu la confirmation d'inscription, Eva a contacté les propriétaires de la location où nous étions l'an dernier, pour réserver le même appartement pour la semaine du 25 août au 03 septembre, et j'ai déposé une semaine de vacances, pour être sur d'être libre pour la course ... Comme pour l'édition 2011, je ne vais pas revenir sur mes entraînements (pas terrible, cette année), ni sur les courses auxquelles j'ai participé pour préparer "Ma TDS", mais plutôt vous parler de la course et surtout de l'ambiance "Chamonix", pendant la semaine de l'UTMB ...
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Samedi 25 août 2012 Aurélia, la compagne de Daniel, ne pouvant venir avec nous, pour des raisons de santé de dernières minutes, nous décidons donc de partir avec une seule voiture. Daniel, qui a travaillé dans la nuit de vendredi à samedi termine à 4h00 du matin, juste le temps de prendre une petite douche et le voilà qui arrive chez nous, avec Thomas, vers 5h00. Quelques minutes pour affiner le chargement de la voiture et nous quittons Damville à 5h15. Il n'y a pas grand monde sur la route et même les abords de la Capitale sont calmes. Un premier arrêt vers 7h30 pour prendre un petit café, va me permettre d'avoir un peu de silence, car depuis le départ ... Daniel n'a pas cessé de ronfler, et quand je dis "ronfler", je devrais dire qu'il a mis en route un moteur d'avion ... Ouf, il se réveille le temps du café, ça fait du bien, malheureusement comme souvent, toutes les bonnes choses ont une fin et nous devons repartir ... et à nouveau, on se croirait aux abords de la Base Aérienne 105, le matin quand les moteurs chauffent !!! La circulation est toujours aussi fluide, dans notre sens, car dans le se sens du retour vers Paris, ce n'est pas la même chose, il y a beaucoup plus de trafic et de temps en temps, il semble qu'il y ait des ralentissements ... Nous faisons une 2éme pause vers 10h, histoire de se dégourdir un peu les jambes. En repartant, il y a des travaux sur l'autoroute et nous roulons sur une seule file, avec même pendant quelques km, un passage à contre sens de la circulation ... pour nous, tout s'est bien passé, par contre, pour les véhicules dans l'autre sens, c'est la catastrophe, avant d'arriver sur le rétrécissement des voies, il y a, au moins 5km de bouchons ... ils vont s'en souvenir ... Nous déjeunons vite fait dans un restoroute pour ne pas arriver trop tard dans Chamonix, car la propriétaire du gîte est chez elle jusqu'à 13h30, pour nous donner les clés, après, il faudrait aller les chercher sur son lieu de travail, une pâtisserie connue dans le centre ville ... Nous arrivons au pied de la porte à 13h, c'est bon, Eva récupère les clés et nous emmenons d'abord Daniel et Thomas dans leur maison d'hôte, juste derrière l'hôpital. Nous les laissons s'installer et se reposer un peu en se donnant rendez-vous en fin d'après-midi. Pour nous, c'est un peu la galère, car je ne trouve pas de place pour me garer devant l'appartement, donc je décide de décharger la voiture rapidement et d'aller la garer ailleurs, en attendant que la propriétaire m'indique le nouvel emplacement qu'elle nous a réservé ... Pendant qu'Eva commence le rangement, je commence mon petit tour pour me garer ... au bout d'une quinzaine de minutes je trouve une place sur un parking gratuit, près du bowling, et je rentre à pied tranquillement. Pour l'instant, il y a du soleil et il fait même très chaud ... trop chaud, certainement ... car la pluie qui va se mettre à tomber, pendant que nous finissons de ranger nos affaires, va tout inonder dans la ville ... les routes deviennent des torrents ... l'orage gronde toujours, accompagné par des éclairs très impressionnants sur la montagne ... c'est justement au moment où l'orage a éclaté que Daniel et Thomas ont décidé de venir nous rejoindre, ils sont trempés jusqu'aux os, tous les deux ... ça commence bien, pourvu qu'ils n'attrapent pas un coup de froid et tombent malades ... Bien séchés et réchauffés, nous profitons d'une petite accalmie pour aller faire quelques courses, tous ensemble, sans oublier de passer par la Place de l'Amitié où l'arche de départ et arrivée est déjà en place ... et puis nous prenons notre première bière au Bar le Chamonix, presque sous l'arche ... La pluie recommence à tomber et nous avons juste le temps de rentrer, avant d'être trempés, nous décidons de garder Daniel et Thomas, avec nous, pour manger en attendant que ça se passe. Gros coup de chance, juste après avoir fini le repas, la pluie cesse de tomber, ce qui leur permet de rentrer chez eux en ayant que les pieds mouillés, à cause des immenses flaques d'eau impossible à éviter. Dimanche 26 août 2012 Pas de réveil qui sonne, c'est agréable. La pluie nous a bercé toute la nuit, si bien qu'Eva commence à dire, que l'on va revivre l'édition de l'UTMB 2010 ... Pour le moment, il ne pleut plus mais nous ne pouvons pas prendre le petit déjeuner sur la terrasse car tout est encore trempé ... ça devrait sécher rapidement car le soleil, déjà présent, commence à réchauffer l'atmosphère ... Nous partons pour une petite ballade dans Chamonix, il y a beaucoup de monde, c'est normal, nous sommes dimanche et en plus des touristes, il y a les gens de la région qui viennent se promener. La place de l'amitié est en chantier, les tentes sont en cours d'installation ainsi que le podium géant ... Au bar "Le Chamonix", c'est déjà le lieu de retrouvailles entre participants, bénévoles et journalistes ... Le soleil est au rendez-vous, le Mont-Blanc est dégagé, pas un seul nuage à l'horizon : le séjour s'annonce bien ... Daniel et Thomas profite de cette belle journée pour découvrir "La Mer de Glace" (enfin, ce qu'il en reste). C'est quand même intéressant d'aller la voir au moins une fois, et la surprise sera lors d'une prochaine visite, dans quelques années ... Eva et moi, nous y étions allés, avec nos 2 fils, en 1981 ... et quand nous y sommes retournés l'an dernier, 30 ans après, ça nous a fait un choc ... car on voit toujours les belles photos de l'époque où la glace était au pied de la gare du Montenvers, mais maintenant, il y a un ascenseur pour descendre une première partie de pente, suivi d'escaliers, qui sont sans arrêt en train de se rallonger, pour pouvoir accéder à la fameuse grotte sous la couche de glace ... Nous les retrouvons vers 16h30 à la gare du Montenvers, ils sont enchantés de cette ballade et pour fêter ça, ils nous invitent à manger chez eux, ce soir ... Nous en profitons pour récupérer la voiture et la garer dans la cour d'une autre maison appartenant aux propriétaires de notre gîte. Elle y restera toute la semaine. Lundi 27 août 2012 Daniel et Thomas ont décidé de monter à l'Aiguille du Midi, ce matin ... pour Eva et moi, c'est plutôt grasse matinée et petit café en terrasse, les doigts de pieds en éventails ... nous prévoyons une ballade en altitude pour l'après-midi. Vers 13h30, Daniel nous passe un petit coup de téléphone pour savoir s'il nous reste un peu de café ... ça tombe bien car nous étions juste sur le point d'en prendre un ... Daniel nous dit qu'ils vont monter jusqu'au Brévent cet après-midi ... C'est parti, nous prenons ensemble les œufs pour rejoindre Planpraz. On se quitte là, à 2000m d'alt., pour Eva et moi, direction La Flégère par le chemin du TMB, tandis que Daniel et Thomas prennent le téléphérique pour rejoindre Le Brévent. Sur une pancarte, il est écrit qu'il nous faut 2h, pour rejoindre La Flégère, mais comme nous avons décidé de nous dégourdir un peu les jambes, quelques portions en courant vont nous permettre de boucler le trajet en 1h20', sympa, ça m'a permis de bien régler mes bâtons. De La Flégère, nous redescendons par le téléphérique, puis nous prenons un bus pour rejoindre Chamonix. A 17h30, nous retrouvons Daniel et Thomas qui viennent eux-aussi, juste de redescendre. Et, en traversant le centre ville, nous sommes interpellés par notre copain Bruno, avec qui nous avons fait la CCC, l'an dernier. Il est avec Valérie, sa femme et une de ses filles, accompagnée par une copine ... bien sur la pause bière s'impose. Ils sont arrivés dimanche soir et comme Daniel, ils sont allés ce matin à l'Aiguille du Midi et cet après-midi à la Mer de Glace ... Belle journée, bien remplie ... ils prévoient piscine pour demain matin ... Nous en profitons pour prévoir un petit resto tous ensemble, pour mercredi midi, après le retrait des dossards, car nous attendons Serge et Maria qui doivent arriver mardi soir ... En attendant, le premier rendez-vous est pour ce soir, 22h00, nous ne pouvons pas rater le départ de ceux qui vont partir pour un périple de + de 300km et avaler quelques 22000m de dénivelé, respect et chapeau bas pour ces purs et durs, qui font ça, sans classement, juste pour pouvoir dire : "je l'ai fait" ... ils sont quand même 75 équipes de 3, à prendre le départ de cette PTL ... combien franchiront la ligne d'arrivée ??? ... on ne le saura que dimanche prochain ... Mardi 28 août 2012 Nous sommes invités à participer à la 1ére édition du "Nordic'Athlon" organisée par le Club Nordique de la Vallée de Chamonix Mont-Blanc. C'est une première mondiale et ça regroupe une épreuve de Marche Nordique et une épreuve de tir couché à 10m. C'est une copie des épreuves de Biathlon, sans la neige et donc sans ski ... Nous y sommes invités, car la fille des propriétaires de notre location, n'est autre que Énora Lathuillière, membre de l'équipe de France de Biathlon et 10e au Championnat du Monde Junior, cette année. Thomas commence d'abord par l'initiation au tir, et comme il se débrouille plutôt bien, il participe à l'épreuve de tir et malgré les bons conseils d'Énora, il termine 4e de l'épreuve réservée aux jeunes, les 3 classés devant lui étant licenciés au Club de Biathlon de Chamonix, donc, c'est un bon résultat pour lui. Pour Eva, Daniel et moi, c'est plutôt concours de crêpes ... confiture ... sucre ... Nutella ... bref, tout y passe ... Comme prévu, Serge et Maria arrivent vers 20h et après avoir mangé, nous leur faisons faire un petit tour dans Chamonix, histoire qu'ils se dégourdissent un peu les jambes ... Mercredi 29 août 2012 C’est notre jour pour retirer les dossards, alors pas la peine de rejoindre le gymnase, où ils sont délivrés, dès l’ouverture des portes, à 10h, car l’affluence risque de provoquer une belle file d’attente ... nous décidons de nous y rendre à 11h et nous devons faire la queue, comme tout le monde, avant de rentrer dans le gymnase. Après, ça va assez vite, une première file pour montrer la carte d’identité pour vérification de l’inscription et dépôt d’un billet de 20€ pour la location de la puce. Une 2e file d’attente pour la vérification des sacs, pour moi, ça s’est passé très rapidement, la personne chargée de faire la vérification m’a demandé si j’avais un téléphone, je lui ai montré que j’en avais un, ensuite elle m’a demandé si j’avais une veste imperméable pour le mauvais temps, j’ai ouvert mon sac pour lui montrer que j’en avais une et elle a vu en même temps mon pantalon imperméable et ma lampe frontale. Elle m’a demandé si j’avais une couverture de survie, dès qu’elle a vu que j’en avais une, elle m’a rendu ma feuille, et m’a dit que je pouvais aller chercher mon dossard. Une 3e file pour badger le sac de course et se faire mettre autour du poignet, un superbe bracelet au couleur de la TDS. La 4e file nous permet de pouvoir enfin toucher le dossard, tant attendu ... Une dernière file d’attente et nous pouvons retirer le ticket permettant de prendre le bus pour rejoindre le départ à Courmayeur, ainsi que le tee-shirt officiel de la course. Nous ressortons du gymnase à midi, donc un peu moins d’une heure pour toutes ces obligations. Nous passons un peu de temps dans l’après-midi à arpenter les allées du village expo, le plus grand d’Europe. On y trouve environ une centaine d’exposants, essentiellement des équipementiers mais aussi des organisateurs de courses, venus parfois de pays étrangers, ainsi que quelques médias, spécialisés dans le Trail, des vendeurs d'accessoires de course, ou de produits de nutrition prévus pour la course à pied, sans oublier les inévitables organisateurs de voyages ... Puis le temps est venu pour Serge et moi, de préparer les affaires pour la course ... et de se reposer un peu avant de manger, de bonne heure pour ne pas se coucher trop tard ... Jeudi 30 août 2012 : (JOUR J) Réveil à 3h15, petit déjeuner, douche, dernière vérification du sac ... la pluie est tombée toute la nuit, mais elle vient de cesser ... 4h20, nous partons en direction des bus ... pour nous, c'est le sas 4h45 ... un dernier petit bisou à Eva et Maria et nous grimpons dans notre bus. Direction Courmayeur en passant par le tunnel du Mont-Blanc ... à cette heure là, il n'y a pas de file d'attente, tout va bien, nous sommes débarqués dans Courmayeur, nous avons environ 200m à faire, en montant, pour rejoindre la ligne de départ, nous y sommes, juste à 6h00, il nous reste 1h à attendre le départ ... nous posons nos sacs, et nous attendons le dernier moment pour enlever les affaires que nous pouvons mettre dans un sac, et que nous récupérerons à Chamonix, après la course ... 6h15, nous rencontrons Fred et Sébastien, du Club de l'EAC Evreux, et on en profite pour faire une petite photo ... mais, mon appareil ne fonctionne pas ... forcément, j'ai oublié la batterie dans le chargeur, à la maison ... je décide de ne pas m'encombrer avec et je le laisse à Sébastien, car il est juste là, pour accompagner Fred, il va le suivre en bus pendant toute sa course, c'est sympa ... heureusement, j'ai mon téléphone et la photo peut quand même être faite. On se retrouve doucement dans le sas de départ, il est temps pour Catherine Poletti de nous donner les dernières consignes : "Vous allez rencontrez des conditions météo, catastrophiques, du brouillard, de la pluie, fine, au début, vers 10h, qui va se transformer en orage, en fin de journée, vous allez même trouver de la neige en altitude, il va faire très froid, cette nuit, pensez bien à vous couvrir. Soyez prudent et ne surestimez pas vos forces. J'espère vous voir tous, à Chamonix ... Bonne course à tous". Il est 7h00, pour les 1465 participants, dont Serge et moi, c'est le moment de délivrance, nous pouvons enfin partir en direction de Chamonix ... Nous avons décidé avec Serge de ne pas faire la course ensemble, chacun ayant son propre rythme, c'est beaucoup mieux comme ça ... Pour le moment, nous sommes toujours ensemble, et nous passons sous l'arche de départ, en marchant, il nous faut au moins 3 ou 4 minutes, avant de commencer à trottiner, car il y a beaucoup de monde devant nous et ça piétine un peu. La traversée de Courmayeur se fait sous les acclamations d'un public venu très nombreux. Certes, beaucoup moins nombreux que pour le départ de la CCC, mais il est donné à 10h du matin ... Nous quittons Courmayeur en descendant, c'est sympa, mais il ne faut pas se laisser griser par la facilité. Après 2km, nous arrivons au pied de la première montée, en direction du col de la Youlaz ... Le chemin est large, mais nous sommes si nombreux, que nous prenons toute la largeur de la chaussée ... Serge a pris une dizaine de mètres d'avance, et trottine à un rythme régulier ... j'ai déjà un peu de mal à prendre une bonne respiration, je dois ralentir, pour ne pas être dans le rouge, dès le début ... Il n'est pas encore 8h et la pluie commence à tomber. Je suis parti avec un tee-shirt technique à manches courtes et des manchons sur les bras, un cuissard et des chaussettes hautes de compression. Je n'ai pas froid et je décide de rester comme ça, jusqu'au premier ravitaillement. J'arrive au refuge de Maison Vieille à 8h29, et sans m'en rendre vraiment compte, je suis complètement trempé, car la petite pluie fine qui tombe, s'est bien déposée sur mon tee-shirt ... Je sors ma veste (obligatoire) en goretex et je l'enfile, je fais le plein de mes 2 bidons, et je bois un peu de coca. A peine, parti du refuge, et, ce sont des trombes d'eau qui me tombent sur la tête, heureusement, j'ai déjà mis ma capuche. Il reste 600m de dénivelé positif pour arriver au sommet du col de la Youlaz et environ 4,5km ... à ce moment là, je pense que je vais passer au sommet vers 9h45, mais c'est sans compter sur l'énorme bouchon sur lequel je vais arriver. En premier lieu, je vois devant moi, une file de coureurs entassés les uns derrière les autres, et à l'arrêt pour les derniers, puis doucement je suis contraint, à mon tour de m'arrêter. On ne distingue pas le sommet à cause du brouillard qui tombe de plus en plus bas ... le temps passe, j'évalue à peu près mon avancée, 50m en 10 minutes ... Derrière moi, environ une cinquantaine de personnes et puis après plus rien, j'ai l'impression que les 1465 partants se sont retrouvés là, car quand le brouillard se lève, et que l'on aperçoit le dernier passage sur la crête, juste avant le sommet, on peut voir que tout le monde est à l'arrêt ... il n'y a pas d'autre solution que d'attendre. Je commence à avoir un peu froid, j'arrive à attraper mes gants sans enlever mon sac et tout en avançant un pas à la fois, j'arrive à les enfiler. La pente est raide et les bâtons sont bien utiles pour rester en équilibre. Plus on monte et moins le chemin existe, on est plus sur un passage de chèvres que sur un chemin. Il faut redoubler de prudence lors du passage sur la crête tellement le sol est détrempé. C'est très glissant et le moindre faux pas peut provoquer une belle glissade en emportant plusieurs personnes ... Je comprends mieux le "pourquoi" de ce ralentissement, mais pour moi, je pense qu'il est trop tard, j'ai attrapé froid, et quand je passe le sommet à 10h30, toujours sous la pluie, j'ai encore l'espoir de pouvoir rattraper un peu de temps dans la descente vers La Thuile ... mais la première partie de descente est presque autant bouchée que ne l'était la montée ... impossible de doubler, pendant au moins 2km, en temps cela m'a pris au moins 20 minutes. Heureusement la deuxième partie de descente est beaucoup plus agréable, le chemin est bien stabilisé et est assez large pour pouvoir avancer un peu plus vite. La dernière partie est toute bitumée et ce n'est que dans les derniers lacets que nous découvrons le village de La Thuille, noyé jusque là dans le brouillard. Le moral est très bas, j'avais pensé, passer ici vers 11h/11h15 et voilà que j'y arrive à 12h17, alors que la barrière horaire est fixée à 12h30, ça ne va pas être possible de jouer avec les barrières avec si peu de délai, je suis persuadé que je ne vais pas aller loin ... J'ai toujours froid, je devrais enlever mon tee-shirt mouillé sous ma veste de pluie, mais il faudrait que j'enlève mon sac et je n'ai pas le temps, je préfère prendre une soupe bien chaude et repartir ... La pluie n'a pas cessé de tomber, c'est vraiment moche ... Pour la première fois, je suis seul, personne devant moi, et j'attaque la montée vers le col du Petit St Bernard ... Dès la sortie de La Thuille, la pente est raide, j'ai l'impression de marcher sur une ancienne voie romaine car le chemin est recouvert de dalles plates très bien rangées, comme on en voit dans les livres d'histoire, et il me semble que j'ai lu dans le descriptif du parcours que l'on devait emprunter l'ancienne voie qui reliait Rome à Lyon, alors c'est peut-être là ... toujours est-il que ça grimpe très fort. Le tracé quitte le chemin et nous oblige à grimper dans un champ, encore plus pentu. Ce passage est très glissant ... méfiance ... puis j'arrive dans une forêt ou de nombreux arbres sont couchés. Je retrouve la voie romaine qui me conduit jusqu'à un superbe pont vouté qui me permet de passer au dessus d'un torrent que je n'aurai pas voulu traverser, sans le pont, tellement le courant est fort. il y a moins de brouillard, ce qui me permet de voir le chemin, loin devant moi. C'est un passage presque plat et légèrement en surplomb du torrent, j'en profite pour courir un peu, de temps en temps, je me retourne car j'ai le pressentiment que ceux qui ferment la course vont me rattraper (je ne sais même pas s'il y en a !!!) ... C'était trop beau, fini le chemin facile, il faut de nouveau attaquer un chemin glissant et à voir les nombreuses traces, j'ai l'impression que chacun a fait son propre chemin, c'est un véritable bourbier ... pas de panique, il faut y aller, un coup à gauche, et un coup à droite, les pieds sur le côté pour ne pas reculer, en appuyant sur les bâtons (encore une fois, bien pratique, les bâtons) et voilà, encore une grimpette de passée. Du sommet de cette bosse, j'aperçois la route sur ma gauche et loin devant, un autre sommet ou il me semble voir des coureurs. Mais ce que je vois en premier plan, c'est un superbe lac, que l'on doit contourner par la droite (donc pas vers la route). Je ne suis plus seul, je compte une bonne dizaine de coureurs devant moi, en train de marcher au bord du lac. Un sursaut d'orgueil me fait courir le long du lac pour revenir à la hauteur d'un petit groupe, nous sommes 4 et comme ils se remettent à courir, et bien je les suis, nous arrivons au pied de la dernière montée avant le col du Petit St Bernard ... Allez, la pente est raide, mais pas insurmontable, en plus, la pluie s'est un peu calmée. Un des coureurs avec lequel j'échange quelques mots, me dit qu'après le col, c'est tout en descente jusqu'à Bourg-St-Maurice, et qu'il faut presque 2h pour faire les 14km ... nous arrivons au poste de contrôle à 15h25. Je n'ai pas besoin de réfléchir longtemps pour comprendre que même si je mets 2h pour rejoindre Bourg-St-Maurice ... je vais y être à 17h25 ... la barrière horaire étant fixée à 17h30, il faut être raisonnable, c'est décidé, pour moi, c'est là que j'arrête, au Col du Petit St Bernard ... et je ne suis pas le seul, nous sommes 7. Nous enfilons tranquillement des affaires sèches, ça fait du bien de se réchauffer un peu, on nous annonce qu'un bus vient nous récupérer à 16h00, impeccable, nous avons le temps de prendre une bonne soupe bien chaude ... tout en assistant au commencement du démontage du poste de contrôle ... Nous voyons passer 3 coureurs qui continuent en direction de Bourg-St-Maurice, comme ce n'est pas un contrôle avec barrière horaire, les bénévoles ne peuvent pas leur interdire de continuer, mais ça semble cuit, pour eux ... il est déjà 16h15, et notre bus n'est pas là ... heureusement, le bar, situé au sommet du col, est ouvert et nous pouvons nous mettre à l'abri et surtout rester au chaud en attendant le "fameux" bus ... Il arrive à 17h30, et le chauffeur nous explique qu'il a déjà fait plusieurs rotations, surtout depuis Bourg-St-Maurice, où apparemment, il y a eu de nombreux abandons ... Il nous dit que l'on va prendre en passant 2 personnes à La Thuille. Parmi les 7 coureurs ayant abandonnés, il y a 1 Espagnol, 1 Italien, 1 Allemand et 4 français, dont Michel (72 ans !!!), de la région de Grenoble, qui a pourtant fini 3 fois l'UTMB, en 2006, 2007 et 2008 et qui vient de terminer en 2012, le Trail du Ventoux, le Nivolet-Revard et la 6000D ... mais pour lui, c'est fini, il nous dit qu'il ne fera plus de longue distance, ça devient trop dur, au delà de 50km ... pas mal, quand même à 72 ans ... Respect Monsieur Michel. Après avoir reçu un appel téléphonique, lui disant de ne pas passer à La Thuile, le chauffeur file directement jusqu'à Courmayeur. Nous arrivons à 18h30 à la gare routière où nous devons changer de bus, pour rejoindre Chamonix. Je pense à Eva et je me dis qu'elle doit avoir reçu un SMS lui disant que j'ai abandonné, elle doit surement s'inquiéter ... je décide de lui passer un petit coup de téléphone. Et là, je m'aperçois que mon forfait international n'a pas fonctionné, impossible d'appeler la France. Nous quittons Courmayeur à 19h00. Dès la sortie du tunnel du Mont-Blanc, les messages n'arrêtent pas d'arriver ... je peux rassurer Eva en lui disant que je suis à Chamonix ... Il est presque 20h00 quand j'arrive à l'appartement, je demande à Eva des nouvelles de Serge. Elle me dit qu'il est toujours en course et se trouve du côté du col de la Forclaz, c'est super, pour lui ... mais pour moi, pour l'instant je n'ai qu'une envie : prendre une bonne douche chaude ... et ensuite manger une bonne soupe, chaude, elle aussi ... et enfin d'un peu de sommeil ... Dehors, la pluie tombe sans arrêt, mais Eva et Maria, décident d'aller voir l'arrivée de Dawa Sherpa, qui est prévue vers 21h30, quand on aime ... Je ne les entends même pas, rentrer ... et ce n'est que vers minuit que la sonnerie, du téléphone d'Eva, me réveille, pour malheureusement nous apprendre que Serge vient d'abandonner du côté du Cormet de Roseland ... dommage, c'est triste ... Voilà, ainsi s'achève la TDS 2012, pour Serge et moi ... Vendredi 31 août 2012 Ce matin, Serge arrive à l'appartement vers 08h30 ... très fatigué, non seulement par sa course, mais aussi par la longue attente avant de rejoindre Chamonix ... mais cette fois, c'est fini, il est avec nous et bien au chaud. Eva, Maria et moi, prenons notre petit déjeuner et lui ne rêve que d'une chose : prendre une douche et se mettre un peu au lit. Nous lui laissons l'appartement pour lui tout seul et comme nous n'avons rien prévu pour le repas de midi, nous décidons de réserver une table au restaurant italien juste à côté de l'appartement, aujourd'hui, ça sera pizza ... Nous passons la matinée à applaudir les arrivants de la TDS, ainsi que quelques équipes de la PTL. Serge, qui a récupéré, vient nous rejoindre vers 13h pour prendre un petit apéro avant de passer à table, à deux pas de l'appartement ... Une nouvelle est arrivée, par SMS, dans la matinée, pour tous les participants de l'UTMB, dont le départ est prévu cet après-midi à 18h30 : "En raison des conditions climatiques catastrophiques, la course va se dérouler sur un parcours beaucoup plus court, environ une centaine de km, au lieu des 174, prévus ... et sans jamais grimper au dessus de 1800m d'altitude ... les coureurs resteront en France, pas de passage en Suisse ni en Italie ... cela, pour la sécurité de tous." Pour beaucoup, la première impression, est synonyme de déception, et puis, avec le recul, tous se réconfortent en se disant que la probabilité de terminer la course est plus grande et il y en a même quelques uns qui sont confiants et rassurés. C'est un peu le cas de Daniel, il avait quelques doutes concernant la 2e nuit à passer dehors, pour un UTMB, grandeur réelle, mais là, ça devient un peu plus gérable, dans sa tête. Et quand on sait que c'est souvent dans la tête que le corps lâche en premier, on a tous un bon pressentiment pour Daniel, on est persuadé qu'il va y arriver ... Vers 16h00, il nous rejoint avec les affaires de Thomas, car pendant qu'il va courir, nous avons la garde de Thomas. J'arrive péniblement à rejoindre la ligne de départ, il y a du monde partout, on ne voit même pas les coureurs, je me glisse parmi les bénévoles pour aller faire quelques photos des copains avant leur départ, je retrouve Daniel, Sébastien, Rodolphe et Hervé, mais impossible de trouver Bertrand ... Pour pouvoir profiter un peu plus du spectacle, je pars rejoindre Eva, Serge, Maria et Thomas, à la sortie de Chamonix, à un endroit où nous pouvons les voir passer, pendant de longues minutes ... Cela fait pourtant plusieurs fois que j'assiste à ce départ, mais à chaque fois, c'est la même émotion ... j'ai envie de partir avec eux ... et je ne suis pas le seul, Serge a, lui aussi, des fourmis dans les jambes ... on se regarde et dans nos yeux, il y a la même réflexion : c'est sur, on reviendra ... on participera ... et on finira !!! Toute la nuit, nous suivons la course de Daniel, grâce aux SMS envoyés par les organisateurs, à chaque points de contrôle, c'est vraiment très bien. Il pleut tellement que l'on a du mal à rester près de l'arrivée pour acclamer les coureurs de la CCC ... Eva, Maria et Thomas rentrent se coucher vers 22h, tandis que Serge et moi, nous attendons quelques copains, mais vers minuit, nous sommes frigorifiés, et ni Karine, ni David, ni Bruno ne sont arrivés, alors nous rentrons nous mettre au lit ... Samedi 1er septembre 2012 C'est la journée la plus mouvementée, il y a des coureurs de toutes les courses qui arrivent en même temps ... et quand nous arrivons sur la ligne d'arrivée, vers 9h, on apprend avec beaucoup de plaisir que Bertrand a terminé l'UTMB à 8h09, et qu'il est classé 23e de la course, pas mal du tout ... Christophe est arrivé, lui aussi dans la nuit, à 3h11, il termine la CCC à 447e place ... Karine a fini la CCC à 6h41, elle se classe 974e ... Bruno a, lui aussi terminé sa 2e CCC à 7h08 et fini à la 1038e place ... Il reste Hervé, Sébastien, Rodolphe et Daniel, mais pour eux, tout va bien, ils sont toujours en course, et c'est le principal ... Nous profitons de la matinée, pour faire le tour du marché et acheter quelques souvenirs, pour offrir à ceux qui n'ont pas pu venir ... Il y a aussi le Marché Artisanal, qui a remplacé le Salon du Trail, cela fait beaucoup d'animations dans Chamonix. Il ne fait pas très chaud et nous nous réchauffons devant un bon chocolat chaud en attendant les arrivées de nos copains ...
Le premier a franchir la ligne est Hervé, à 12h30, il a retrouvé 2 copains, avec lesquels il a déjà participé à de nombreux raids, pendant la course et ils sont restés ensemble, jusqu'à la ligne d'arrivée. C'est ensuite au tour de Sébastien et Rodolphe de passer, ensemble la ligne d'arrivée à 15h32 ... quand à Daniel, il boucle son UTMB en passant sous l'arche d'arrivée à 18h48 ... Dimanche 2 septembre 2012 C'est la dernière journée, nous ne pouvons pas rater la remise des récompenses, elle se déroule à 11h sur la Place de l'Amitié. Nous avons de la chance, le soleil est revenu depuis ce matin et il fait même très chaud. La place est noire de monde, et en passant par l'office de tourisme, nous arrivons à nous frayer un passage pour accéder au pied du podium, afin de pouvoir assister au spectacle. Daniel vient nous rejoindre sur la place et nous lui proposons de rester, pour manger avec nous, ce midi. Il est un peu courbaturé, mais tellement heureux d'avoir terminé, que les douleurs passent presque inaperçues ... Après le repas, nous décidons d'aller faire une petite ballade à pied, tranquillement. Daniel préfère aller ranger l'appartement et préparer ses affaires pour le retour ... il n'a pas trop envie de marcher ... Nous emmenons Thomas avec nous, pour cette petite ballade.
C'est sur cette petite ballade que s'achève notre semaine à Chamonix, il est temps de ranger l'appartement et faire les bagages, car demain lundi, nous reprenons la route, de bonne heure, en direction de la Normandie, sans, il est vrai, un petit pincement au cœur. Renseignements, résultats : http://www.ultratrailmb.com/ |
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