Récit
TransGranCanaria 2014 -
1 et 2 Mars 2014
Île de Gran Canaria - Canaries - Espagne
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Texte et photos :
Fabrice Humbert
C'est
en avril 2011, après avoir vu un reportage sur cette course, dans un
magazine espagnol,
pendant un séjour sur l'Île de Fuerteventura, une autre île des Canaries,
que j'ai eu envie d'y participer. Puis en août, de la même année, j'ai rencontré quelques
membres de l'organisation, pendant le Salon de l'Ultra Trail, de l'UTMB, à
Chamonix. Ils avaient un stand pour présenter leur course, mais pas un
seul ne parlait français !!! et ils n'avaient aucune documentation en
français, à distribuer ... j'ai quand même récupéré une doc en espagnol et
une en anglais ... Les mois ont passé et en juillet 2013, nous avons, Eva
et moi, passé, une semaine à Meloneras, au sud de l'Île de Gran Canaria,
juste à l'endroit où doit être installé le village organisation de
l'édition 2014 ... Il n'en fallait pas plus pour me donner envie de tenter
l'aventure ... En août, inscrit comme bénévole pour l'UTMB, toujours à
Chamonix, j'ai eu l'occasion de me promener dans les allées du Salon de
l'Ultra Trail et j'ai, à nouveau, tenté de me faire comprendre par les
organisateurs de la TransGranCanaria, qui, cette fois, avaient quelques
docs en français ...
Ensuite, nous avons cherché un moyen pour nous loger ainsi qu'un vol, nous
permettant de passer le week-end sur place ... une fois toutes ces petites
tracasseries administratives, réglées, nous en avons parlé autour de nous
et comme presqu'à chacun de nos voyages, Maria, la sœur d'Eva a été la
première à se manifester, pour faire partie de l'aventure "TransGranCanarienne"
... Dominique a aussi sauté sur l'occasion pour grossir la troupe ... Il
faut dire que pour 569€ par personne, tout compris, pour une semaine, à
cette période de l'année, avec en plus un départ le mercredi matin de
Paris et un retour le mercredi soir (vols directs), ça n'est vraiment pas
cher ... Surtout quand on voit que des agences vendent la même prestation
... 1385€ !!! Je suis bien content de pouvoir organiser ça, moi-même et
d'en faire profiter des amis ...
Cinq
distances sont au programme, pour ce week-end de course, impossible de ne
pas faire plaisir à tout le monde ... Pour les purs et durs, l'épreuve
reine, "La TransGranCanaria", longue de 125km part de Agaëte et totalise
un dénivelé positif de 7500m, qu'il faut avaler en moins de 30h ... Un peu
plus courte avec seulement 82km, "l'Advanced" part de Fontanales et
cumule, quand même, 4200m de dénivelé positif, qu'il faut boucler en moins
de 24h ... Une autre distance encore plus courte, mais bien connue de tous
les coureurs, car considérée comme mythique, par tous, 42km, dénommée "Maraton",
part de Garanon et propose 1150m de dénivelé positif à effacer en moins de
12h ... Au départ de Tunte, une course de 30km avec 700m de dénivelé
positif, appelée "Starter" est à terminer en moins de 10h ... Et enfin, la
dernière course, dont le départ est donné à Arteara, appelée "Promo",
offre la plus petite distance à parcourir, 15km, elle a la particularité
d'être toute en descente, pour un total de 470m de dénivelé négatif, à
terminer en moins de 6h ... Pour Eva, Maria et Dominique, c'est, sans
hésiter une seconde, la "Promo" qui retient leur attention. Si Eva et
Dominique participent en marchant, Maria, quand à elle, part en courant.
Pour moi, sans trop me poser de question, j'opte pour la version
"Advanced" ...
Les Îles
Canaries
Les îles Canaries sont des îles appartenant à
l'Espagne depuis 1479. Situées dans l'océan Atlantique, à quelque
150 km à l'ouest du Maroc et à plus de
1000 km au sud de l'Espagne, elles forment un
archipel de 7 îles principales : Lanzarote, Fuerteventura, Grande Canarie,
Ténérife, La Goméra, La Palma et El Hierro. En moins de 4h de vol direct,
au départ de Paris, vous êtes sur de trouver le soleil et la chaleur qui
nous manquent tant en hiver, en Normandie. Après 2 séjours à
Fuerteventura, 1 journée à Lanzarote et 1 séjour à Gran Canaria, nous
avons déjà eu l'occasion de tester les températures et c'est toujours un
vrai plaisir d'y séjourner quelques jours.
Gran Canaria,
Réserve de la Biosphère La
Nature de Gran Canaria est source de joies pour ses habitants depuis des
siècles. La première joie, c’est le cadeau du climat dont on jouit ici
toute l’année. Un temps doux qui rend la vie agréable et tranquille.
Néanmoins on ne parle pas seulement du beau temps lorsqu’on dit que la
Nature a gâté Gran Canaria. Gran Canaria est un continent miniature, avec
un éventail de paysages très peu ordinaires, situé au cœur d’un archipel
très divers. C’est la raison pour laquelle l’UNESCO a décidé de donner à
l’île le titre de Réserve de la Biosphère. Afin de soutenir activement la
préservation des pièces qui composent ce puzzle de scènes naturelles, un
micro monde différent et très particulier. Pratiquement la moitié de
l’espace géographique de Gran Canaria a été introduit dans cette Réserve,
comprenant six communes rurales, liées à des activités traditionnelles.
Néanmoins, qu’a la Nature de Gran Canaria pour mériter une telle
reconnaissance de la part de l’UNESCO ? En premier lieu, l’île est un parc
à thèmes de la flore étrange et magique de la Macaronésie. Un parc ouvert
qui conserve le trésor composé de plantes et fleurs qui ont poussé
indépendamment du reste du globe avec la marque propre à la région de
Macaronésie. Un monde naturel qui a vécu à son aise pendant des siècles,
au cœur des reliefs variés de l’île. Et c’est justement là, dans son
relief, dans sa configuration géomorphologique si particulière, que réside
une autre particularité de Gran Canaria. Une immense chaudière
d'effondrement, la Caldera de Tejeda, qui domine le centre de l’île et
déploie à son tour un réseau de drainage des eaux pluviales qui parcourent
les falaises et serpentent jusqu’à la mer. Dans l’ensemble, on peut
considérer que Gran Canaria est un grand massif qui s’élève de l’altitude
zéro jusqu’à 1949 mètres d’altitude pour le Pico de Las Nieves. L’altitude de l’île et le côté abrupte du
relief rendent possible une multitude de microclimats et créent différents
habitats. Dans ce sens, on remarquera le sud-ouest de l’île qui a su
conserver son cadre naturel au fil des siècles. Dans cette zone, on trouve
de vastes étendues de pins canariens, un arbre aux caractéristiques
particulières qui le rendent unique au monde. D’un autre côté, l'activité
humaine est venue s’ajouter à l’environnement, jusqu’à tel point qu’il est
difficile de faire la différence entre les éléments introduits par le
travail des hommes le plus traditionnel et le paysage d'origine de l'île,
le tout composant une mosaïque de paysages particulière dont on prend
aujourd'hui soin pour les générations futures. On retrouve aussi sur la
côte ce caractère de Gran Canaria, île de contrastes. Depuis le littoral
jusqu’à 300 mètres d’altitude dominent les paysages arides et hyper-arides
où poussent chardons et tabaibas (Euphorbia Balsamifera). Si les fonds de
ravins et les vallées sont occupés par des palmeraies, Tarahales et
Sauzales, la côte, quand à elle, offre ses vastes deltas immergés, ses
coulées volcaniques sous-marines, ses grandes falaises et ses bancs de
sable reliés les uns aux autres. Tout ce mélange naturel produit la
richesse de la biodiversité où viennent évoluer la tortue boba, le dauphin
mulet ou le calderon gris. Ils se rassemblent chaque jour pour une
nouvelle représentation. Ce sont les mille climats et les mille espèces
naturelles qui dansent ensemble sur une île Réserve de la Biosphère.
Mercredi 26 février 2014,
arrivée sur le sol canarien. Dès
que l'on descend de l'avion, on se rend tout de suite compte d'une chose :
il est préférable de parler espagnol, allemand ou anglais, car ici, rien
n'est indiqué en français et très peu de gens parlent le français ... Encore
une fois, nous allons faire preuve de débrouillardise pour nous faire
comprendre ... Devant l'aéroport, des dizaines de taxis attendent les
clients et vu les prix que proposent les chauffeurs, pas la peine
d'attendre une heure, le bus n°1 ... Moins de trente minutes plus tard,
nous sommes dans le hall de notre hôtel, pour un peu moins de 40€ (10€ par
personne, au lieu de 7,30€ en bus, avec 300m à pied en tirant la valise
...). Nous sommes surpris par la température, il fait 24° et le ciel est
bleu, sans un seul nuage, rien à voir avec la météo annoncée, mais on ne
va pas se plaindre, c'est très bien comme ça.
Jeudi 27 février 2014,
ouverture du village expo et retrait des dossards. Le
retrait des dossards est possible à partir de 10h00 jeudi matin, en même
temps que l'ouverture du village expo. Nous sommes parmi les premiers à
pénétrer dans le Palais des Congrès, réquisitionné pour l'occasion. Si
pour Eva, Maria et Dominique, tout se passe bien, pour moi, c'est une
autre histoire ... ça commence mal, je ne trouve pas mon nom sur la liste
des inscrits, je fais comprendre à un bénévole, passeport à la main, pour
lui montrer mon identité, que je ne suis pas sur la liste ... il m'emmène
dans un grand bureau, le PC de la course, il y a 5 personnes (aucune ne
parle français), j'essaye d'expliquer que je ne suis pas sur la liste qui
est affichée au mur, dans l'entrée de la salle et une jeune femme tape mon
nom sur l'ordinateur et me donne un petit papier sur lequel est inscrit :
1145 ... elle parle au sympathique bénévole qui m'avait conduit au PC et
celui-ci me conduit vers une autre jeune femme, dans la salle où sont
distribuées les enveloppes contenant les dossards. Après une petite
discussion entre eux, la jeune femme m'explique dans un français quasi
parfait que mon nom a été oublié sur la liste, mais que je suis bien
inscrit et que mon n° de dossard est le 1145. Il y a déjà la queue dans le
couloir réservé à la course de 82km, mais elle me fait passer devant tout
le monde, le bénévole chargé de remettre les enveloppes pour la course de
82km me tend l'enveloppe en ayant l'air surpris ... en effet, la jeune
femme parlant français me dit que je suis inscrit dans la catégorie
"Handicapé Fauteuil" !!! Nous retournons dans la salle PC course, et là,
après un deuxième coup d'œil sur l'ordinateur, on me réclame 60€ pour
participer, en m'expliquant que je n'avais pas payé la totalité de
l'inscription ... Heureusement, j'avais imprimé l'attestation de paiement
par "Paypal", indiquant que j'avais bien envoyé la somme de 129,75€ ...
Après un gros silence et une troisième vérification sur l'ordinateur ...
c'est avec un large sourire que l'on m'annonce qu'il y a eu confusion avec
un autre participant et que mon n° de dossard est le 1146 et non pas 1145,
comme on me l'avait dit ... Encore une fois, je repasse devant tout le
monde, cette fois, c'est bien mon nom sur l'enveloppe, il y a le dossard,
la puce et le bracelet à l'intérieur ... je suis surpris, il n'y a pas de
caution pour la puce, je range mon billet de 20€ ... autre surprise,
aucune vérification du sac, ni du téléphone, de la couverture de survie et
du matériel obligatoire ... On est loin de la rigueur de Chamonix et de l'UTMB
... Enfin, ça y est, je peux sortir de la salle, faire un tour au Village
Expo et retrouver Eva, Maria et Dominique, qui ont déjà eu le temps de
visiter tous les stands ... Quelle aventure, ce retrait des dossards !!!
heureusement, ça se termine bien. Le
village réservé aux exposants n'est pas très grand. Bien sur, sont
présents, les
nombreux organisateurs de courses se déroulant sur toutes les îles des
Canaries. Quelques organisateurs français ont fait le déplacement, ça
fait du bien de pouvoir parler un peu français ... Je fais une halte sur
le stand "Overstims", pour acheter quelques sachets de poudre, à
mettre directement dans les bidons, aux ravitaillements. Pour les
chaussures et autres lignes de vêtements, les prix sont quasiment
identiques à ceux que l'on trouve en France, donc pas la peine de remplir
la valise ... Le village expo, est aussi le lieu de rencontre pour les
nombreux participants, inscrits aux différentes courses. Nous sommes 2875 inscrits,
dont 540 sur la course de 125km, 430 sur celle de 82km, 730 sur le
marathon, 650 sur le 30km et enfin 525 sur la course de 17km. Si une
grosse partie du peloton est de nationalité espagnole, pour le reste, nous
venons de 40 pays différents. Les meilleurs coureurs mondiaux ont fait le
déplacement : Scott Jurek, Mike Wolfe, Jez Bragg, Ryan Sandes,
Timothy Olson, Sébastien Chaigneau, Pascal Blanc, Julien Chorier, Antoine
Guillon, Cyril Cointre, Christophe Le Saux ... etc. et chez les femmes :
Francesca Canépa, Fernanda Maciel, Nuria Picas, Nathalie Mauclair ... etc.
Beaucoup aimerait accrocher à leur palmarès, une victoire ici, car, il
semblerait que ce soit l'un des ultras trails, le plus dur au monde ... ça
ne me rassure pas. Avec
Eva, Maria et Dominique, nous passons le reste de la journée à flâner dans
Maspalomas. C'est l'occasion de faire quelques petits achats, souvenirs,
pour nos proches et visiter le salon artisanal où de nombreux exposants
exécutent et vendent leurs œuvres, directement aux touristes présents.
Eva, Maria et Dominique décident de longer les dunes de Maspalomas, pour
rejoindre Playa des Inglès, 4km de sable, certes, à plat et au bord de
l'eau, mais pour moi, qui l'ai déjà fait plusieurs fois, en juillet 2013
... c'est non, pas question de me fatiguer avant la course, je rentre donc
seul à l'hôtel, en taxi (4,50€) ...
Samedi 1er mars 2014,
jour de course ...
Fabrice: c'est parti pour l'Advanced, 82km et 4400m de dénivelé. Le
réveil sonne à 04h30, je prends ma douche. Eva, qui s'est levée, pour ne
pas me laisser seul, s'occupe de mon petit déjeuner : ce matin, c'est,
pâtes, jambon, pain et un petit morceau de fromage, de l'eau et pour
finir, un grand café. J'enfile tranquillement mon déguisement de traileur.
Sac, dossard, bidons, téléphone, bâtons, un peu d'argent ... je revérifie
... tout est en ordre, je peux partir, Eva me redit, pour la cinquantième
fois : "Si ça ne va pas, tu t'arrêtes ..." . Il est 05h20 quand je
monte dans un taxi juste devant la porte de l'hôtel. En voyant mon
accoutrement, le chauffeur me dit lui-même : "ExpoMélonéras" ... Il
a raison, c'est bien de là que partent les bus, pour rejoindre le départ
de la course. Même avec le tarif de nuit, on est loin des sommes demandées
par les taxis parisiens : 4,80€ !!! Pas
un seul bus, à l'horizon, mais vu le nombre de personnes qui attendent
autour du rond point, il n'y a pas de doute, c'est bien là, le point de
rendez-vous ... 05h55, un premier bus arrive, il est vite rempli, un
deuxième le suit, mais on comprend vite que nous ne pourrons pas tous
entrer dans ce bus ... pas de panique, une fois rempli, le deuxième bus va
se garer derrière le premier en attendant l'arrivée de deux autres bus.
Ils arrivent et nous pouvons nous installer. Nous quittons ExpoMélonéras à
06h15 ... et je crois comprendre qu'il faut 1h30 pour rejoindre Fontanalès,
lieu de notre départ, qui doit être donné à 08h00, ça va être juste ... Et
pour être juste, c'est juste, car nous arrivons bien à 07h45 et pour la
plupart d'entre nous, nous sommes tous habillés chaudement, vu le temps
qu'il fait à l'extérieur : 5° et il pleut ... Les bus venant de Las
Palmas sont arrivés à 07h00 et les participants, venus avec eux, ont eu le
temps de se préparer, alors que pour nous c'est plutôt, la panique. Il
faut passer dans le sas départ pour activer la puce et ensuite, ne plus
bouger. Je cherche un coin pour enlever mon collant de course que je mets
dans mon sac ... juste le temps de vider ma vessie et "TOP", c'est parti
pour 82km ... Nous sommes très nombreux à être partis avec nos vestes de
pluie, et dès les premiers km, nous les enlevons rapidement, d'autant plus
que dès le départ, nous avons attaqué par une belle montée, au milieu des
cactus, sur un chemin très boueux et glissant, tout ce qu'il faut pour
nous réchauffer ... pour l'instant, on ne distingue pas bien les paysages
aux alentours, car il y a du brouillard tout autour de nous. Il faut être
vigilant, car ça glisse beaucoup et j'en ai déjà vu beaucoup, assis par
terre ... Ce
n'est que vers 10h, alors que j'arrive au deuxième ravitaillement, dans le
village de Teror, que le soleil commence réellement à chauffer. Pour
l'instant, ça va bien, 13,5km en 2h, sans jamais forcer, j'ai 1h30
d'avance sur la barrière horaire mais les choses sérieuses vont commencer
maintenant. En effet, le ravitaillement de Teror est à 550m d'altitude et
de là, nous devons monter au sommet d'un col à 1700m. La sortie du village
s'effectue par une petite route déjà bien pentue. Nous quittons la route
pour grimper par un chemin, assez agréable, encore une fois bordé de
cactus, mais le sol en terre glissante du départ laisse maintenant la
place à un sol beaucoup plus pierreux et rocailleux, cette première partie
de montée ne me paraît pas trop difficile, j'ai quand même sorti les
bâtons. Après 1h de montée au milieu des rochers, je me rends compte,
grâce à ma montre que j'ai parcouru 3,300km et monté 400m de dénivelé. Je
marque une petite pause pour bien m'hydrater, car là, ça y est, la
température est carrément grimpée et le chemin est plein soleil. J'arrive
au 3e ravitaillement, Talayon, à 12h00, j'ai toujours 1h30 d'avance sur la barrière
horaire. Je viens, encore une fois de monter 400m de dénivelé en 1h pour
3,200km, ça me plait bien, mais je ne suis pas encore au sommet, il me
reste encore 350m à grimper et ça commence à me cuire les cuisses et les
mollets. Encore une fois, nous sommes sur une portion goudronnée, un bon
km de route qui fait mal. Nous grimpons au milieu d'une ancienne forêt, où
tous les arbres viennent d'être abattus, juste avant d'entrer dans la
forêt ... ouf, de l'ombre ... mais au sol, tous les pins ont perdu leurs
épines, et même si c'est bien moelleux pour marcher, ça glisse beaucoup.
En arrivant au sommet, il y a tellement de monde, pour nous encourager,
que c'est presque facile d'attaquer la descente, mais voilà, encore une
fois, c'est par la route que l'on doit commencer la descente. Et jusqu'à Téjéda,
c'est alternance, entre petite route goudronnée et chemin bien damé, tout
en descente. D'habitude, je ne souffre pas trop dans les descentes, mais
là, je n'arrive pas à récupérer, j'ai les cuisses de plus en plus dures et
en plus, je sens que les crampes ne sont pas très loin, a niveau des
mollets ... ça ne va pas très fort, je décide de ralentir, dommage, car je
commençais à reprendre un peu de temps par rapport à la barrière horaire.
Je préfère rester en forme, avec seulement 1h30 et 2h d'avance, et finir.
Surtout que la deuxième grosse difficulté, approche. Je quitte Le village
de Téjéda à 14h00, ça descend toujours ... et sur la route ... quelques
virages, plus bas, nous retrouvons un chemin en montée, avec à gauche, des
gros blocs de pierres et à droite, une vue magnifique sur le "Roque Nubio"
et l'ouest de l'île avec au fond, au dessus d'une mer de nuage, le Pic de
Teide, qui culmine à 3718 d'altitude, sur l'île voisine de Tenerife.
Il
fait très chaud et l'ascension, n'est pas facile, le chemin est fait de
pierres, et il faut continuellement regarder où l'on met ses pieds. Plus
je me rapproche du Roque Nubio, et plus je me demande s'il faut réellement grimper jusqu'au
rocher, car le chemin, situé à environ 50m en dessous, semble le
contourner ... et oui, c'est bien ça, on le contourne, en faisant une
grande boucle ... jusqu'à une indication, sur la gauche, nous invitant à
rejoindre le Roque Nubio dans 800m ... et là, plus de chemin, mais un
amoncellements de rochers, plus ou moins gros, qu'il faut passer ... c'est
long ... j'arrive à un poste de contrôle, un bénévole me fait signe
d'aller à gauche, je croise des concurrents, qui arrivent face à moi ...
bizarre ... ça monte encore, des marches ont été taillées dans la roche,
pour pouvoir accéder à une grande plate-forme, au pied du rocher, un autre
panneau indique "Roque Nubio : 300m" ... c'est dur, mais je sers les
dents, car je sais qu'une fois cette difficulté, passée, il n'y a plus
qu'une seule montée vers le sommet de l'île ... J'arrive enfin, face à 2
bénévoles qui me font comprendre qu'il faut que je pose mon pied, celui
muni de la puce, sur un petit carré de mousse, muni d'un capteur, prouvant
mon passage ... il ne me reste plus qu'à redescendre par le même chemin
... mais là, pas question de quitter ce plateau sans une petite pause, le
paysage est magnifique, quelques photos s'imposent, avant de repartir. J'arrive
à courir un peu sur une portion plate, mais c'est de courte durée, car dès
que ça descend, j'ai trop mal aux cuisses ... et ce n'est pas la portion
qui nous emmène jusqu'au barrage de "Presa de los Homos" qui va me
permettre de gagner du temps, au contraire, car avant de traverser le
barrage, nous descendons le long d'une clôture en fer barbelé, attention
de ne pas glisser, sous peine d'y laisser un peu de peau, voir plus, si ça
se passe mal, et pour glisser, ça glisse ...
Aussitôt
après le barrage, le chemin, enfin, la route pour commencer et le chemin,
ensuite, monte légèrement jusqu'au Centre de Vacances "El Garanon". C'est ici qu'à été
donné le départ de la course de 42km, et pour nous, c'est le seul
ravitaillement solide de la course ... il est 16h40, j'ai faim, je prends
une petite assiette de pâtes, un peu de jambon et un verre de coca.
Pendant que je me restaure, je vois que des officiels sont en train de
vérifier, au hasard, si des concurrents ont bien leur matériel obligatoire
... et sans vouloir être méchant, quand je vois les sacs de certains
participants (et participantes), je me dis que tout ne doit pas y être ...
et ce sont justement les féminines qui sont les plus vérifiées par les
deux femmes chargées d'effectuer cette tâche. Elles laissent repartir,
devant moi, une concurrente, qui n'a ni couverture de survie, ni veste
coupe-vent, juste un téléphone et un sac avec 1,5l de boisson !!! je crois
comprendre que c'est son ami qui a le reste dans son sac (pas très sérieux
tout ça) ... je remplis mes 2 bidons, je bois une bonne gorgée de coca et
c'est reparti, il est presque 17h, déjà 9h de course,
De
"El Garanon", à 1700m d'altitude, il faut grimper jusqu'au point le plus
haut de la course, au "Pico de las Nieves", à 1938m. Le chemin est tout
droit, mais la pente est si raide que suis obligé de m'arrêter pour
reprendre mon souffle, plusieurs fois, avant d'atteindre le sommet, pour
238m de dénivelé, il m'a fallu 50' et si j'ajoute le temps que j'ai mis,
pour m'habiller un peu plus chaudement avant de redescendre, j'ai mis
presque 1h pour cette dernière ascension. C'est maintenant quasiment tout
en descente, jusqu'à l'arrivée ... Si les premiers km de descentes sont
relativement faciles, il n'en ai pas de même pour les suivants, et c'est
là que je vais commencer à craquer ... Le chemin est tellement pentu que
l'on arrête pas de zigzaguer, le long de la paroi du rocher, passant les
uns sous les autres ... c'est très joli, à voir, mais pas à emprunter ...
surtout quand les cuisses ne veulent plus rien savoir ... Ma seule idée, à
l'instant présent, rejoindre le ravitaillement de Tunte, avant 21h40,
heure de la fermeture ... et après ... finir les 30 derniers km, pour
finir avant 06h00, dimanche matin ... Mais le temps passe, j'ai de plus en
plus mal ... j'avance de plus en plus lentement, sans m'arrêter, car je
sens que les crampes dans mes mollets, ne vont pas tarder à se réveiller
... alors, je fais même quelques pas en marche arrière, pour me détendre
... mais rien n'y fait, c'est cuit ... La nuit commence à tomber, je sors
ma lampe frontale, il ya 12h que je suis parti, il est donc 20h ... c'est
décidé, j'arrête au prochain ravitaillement ... J'entre dans le village de
San Bartolomé de Tirajana, par une petite route, déserte, je vois un
panneau indicateur, sur lequel est écrit : Maspalomas ... c'est là-bas
qu'est installée la ligne d'arrivée ... je continue, j'espère seulement
que le ravitaillement de Tunte, n'est plus très loin ... ça y est, sur une
place, il y a une grande tente, c'est le ravitaillement ... mais juste
avant d'y arriver, il y a un bus, en train de manœuvrer pour faire
demi-tour, à l'intérieur, il y a déjà une vingtaine de participants,
quelques uns emmitouflés dans leur couverture de survie. Le chauffeur
s'arrête à ma hauteur, ouvre la porte ... il n'en faut pas plus pour que
j'abandonne ... un dernier coup d'œil à ma montre : 12h42' ... pour 52km
et 3300m de dénivelé ... Dans
le bus, je range ma lampe, j'enfile un coupe-vent et je remets mon collant
de course, pour ne pas attraper froid. A deux reprises, le bus s'arrête et
à chaque fois, il y a une personne qui grimpe à l'intérieur. Il est
presque 22h quand nous arrivons à "ExpoMélonéras". Comme je n'ai pas été
enregistré à Tunte, je me dis que c'est plus raisonnable d'aller prévenir
les organisateurs de mon abandon, je vais donc sur la ligne d'arrivée,
bien sur je passe par l'arrière, pas sur la ligne ... il y a des officiels
et je leur explique mon abandon ... ils récupèrent ma puce et me disent d'aller
à "ExpoMélonéras" pour prévenir le PC course ... OK, j'y retourne, de
toutes façons, c'est sur mon chemin de retour, et puis quand je marche,
les crampes ne se réveillent pas ... Voilà, j'abandonne officiellement à
23h10' ... je sors et hop! je saute dans le premier taxi ... direction
l'hôtel ... où je retrouve Eva, toute contente de me voir arriver.
Samedi 1er mars 2014,
jour de course ...
Eva: c'est parti pour la
Promo, 17km et 350m de dénivelé. Debout
depuis 04h30, en même temps que Fabrice, j'ai eu beau me recoucher dès son
départ, vers 05h15, je n'ai jamais pu retrouver le sommeil. Avec Maria et
Dominique, nous avons rendez-vous à 08h00, dans le restaurant de l'hôtel
pour prendre le petit déjeuner, sans trop traîner ... car le bus qui nous
emmène, jusqu'à Arteara, lieu de départ de notre course, part de "ExpoMélonéras"
à 09h30. Heureusement, il y a toujours des taxi devant l'hôtel, c'est
pratique et cela nous permet d'arriver à 09h15 au départ des bus. Dès que
le bus est rempli, nous quittons "ExpoMélonéras" et nous arrivons à
Arteara à 10h00 ... La ligne de départ est en pleine nature, pas de
village, rien aux alentours ... Notre départ est prévu à 11h00 et
l'attente est plutôt sympathique car la température dépasse déjà les 22°,
aucun nuage à l'horizon, il n'y a donc pas de raison pour que le soleil
nous quitte ... Comme prévu, le départ est donné à 11h00, nous sommes 530
participants et comme, dès le départ, nous commençons par une belle
montée, nous nous retrouvons les uns derrière les autres, en file indienne
et cela dure au moins 3km ... pas facile pour les participants de la
course de 30km, partis à 10h00, et qui arrivent dans notre dos, pour
passer au milieu d'un tel troupeau, mais avec un peu de fair-play de la
part de tous, cela se passe très bien. Pour l'instant, Maria, qui devait
courir est toujours avec Dominique et moi, en mode marcheuse, tout comme
une grande partie du peloton, qui commence à bien s'étirer ... Nous
arrivons au premier ravitaillement de Pozo de Margarita et déjà presque
7km de fait. De là, nous empruntons un superbe chemin, large et surtout
tout en descente, assez facile. Maria est partie, en trottinant, juste
après le premier ravitaillement. Dominique profite pleinement du beau
temps, s'arrêtant pour faire des photos, à chaque fois qu'un joli paysage
s'offre à lui. Je marche tranquillement avec lui, bien sur, dès qu'un
coureur me double, je n'ai qu'une envie : partir avec lui en courant ...
mais voilà, j'ai vraiment trop mal au dos, quand je cours, donc je reste
sage. Nous arrivons rapidement sur le 2éme ravitaillement à Machacadora,
au 11éme km. Aussitôt après, je reconnais le parcours, car c'est là que
nous étions venus, avec Fabrice, pour reconnaître les derniers km ... Une
fois passée sous l'autoroute, je sais qu'il ne reste que 4km, mais ils ne
sont pas faciles. Nous passons dans un déversoir, certes à sec, mais le
revêtement, fait de pierres plates cimentées de façons très irrégulières,
gêne la plupart des participants, et les empêche, même de courir ... Nous
approchons de l'arrivée et un jeune espagnol, inscrit sur le 30km, passe à
côté de moi, en courant, il me regarde et m'invite à le suivre ... il n'en
faut pas plus pour que je parte en courant ... laissant Dominique ... Un
dernier passage sur un petit bout de plage, bordé de chaque côté par une
haie de spectateur, puis nous arrivons sur les 30 derniers mètres sur un
tapis rouge et nous passons sous l'arche d'arrivée ... Une jeune femme me
passe autour du cou la médaille, offerte à tous les finishers, je reste un
peu sous l'arche d'arrivée pour attendre Dominique, qui finit lui aussi en
trottinant juste derrière moi. Nous retrouvons Maria, qui est arrivée
depuis 30'. Nous enlevons nos puces et trinquons à notre victoire, avant
de prendre un taxi pour rejoindre l'hôtel et prendre une bonne douche. Maria
termine à la 397e place en 03h01'57", Eva, 433e en 03h35'04" et Dominique,
436e, en 03h39'01".
Pas facile pour
récupérer mon dossard ...
Eva, Maria et moi,
devant "ExpoMélonéras"
Maria et Eva
devant "ExpoMélonéras", attendant le bus, pour rejoindre le départ de leur
course.