Récit Course Tenerife Bluetrail
/
Puerto de la Cruz
Tenerife / Canaries / Espagne / 24 octobre 2015
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(Récit et photos : Fabrice Humbert)
Comme nous
l'avions envisagé, lors de notre séjour sur l'île de tenerife, en juillet,
nous voilà, de nouveau revenus à Puerto de la Cruz, charmante ville
balnéaire du nord de l'île, où toute l'organisation du "TENERIFE BLUETRAIL" a décidé de s'installer. Et oui, c'est bien pour participer
à la course de 66km, que nous sommes là, mais pas seulement, nous comptons
bien passer une bonne semaine de repos, au soleil et profiter de vacances
bien méritées, surtout pour Eva, car pour moi ... déjà 18 mois de retraite
... Afin d'être tranquille, nous avons opté pour une formule "All
Inclusive" pour l'hôtel, et nous en avons trouvé un, près du centre ville,
pour pouvoir profiter de toutes les animations. Concernant le transport,
nous avons pris un vol au départ de Paris, à 7h du matin, le 20 octobre,
et pour réduire un peu le coût, nous faisons une escale à Madrid. Notre
arrivée à Tenerife est prévue à 13h45, et nous avons absolument choisi
d'atterrir à l'aéroport "Norte Los Rodéos", qui se trouve à une vingtaine
de km de Puerto de la Cruz, pour éviter un transfert long, et surtout plus
cher, lorsque l'on arrive à l'aéroport situé au sud de l'île. Evidement,
nous avons pris le même principe pour le vol retour du 27 octobre, avec
départ de Tenerife à 10h le matin, pour une arrivée à Paris à 19h. Pour 7
nuits en "All Inclusive", dans un Hôtel 4*, le vol A/R, cela nous revient
à 892€ pour 2 ... c'est vrai que l'on peut,
peut-être trouver moins cher, mais encore une fois, quand on voit le prix
que propose les agences, soit disant spécialisées dans les voyages pour
sportifs ... je préfère organiser le mien, tout seul ... Concernant la
course, voici un petit aperçu de ce qui m'attend ...

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Tout
commence bien, partis dans la grisaille normande, nous atterrissons à
l'aéroport Norte Los Rodéos, sous un grand soleil et avec une température
de 27°, ce qui n'est pas pour nous déplaire. En sortant de l'aéroport,
nous réussissons à grimper dans l'autobus qui relie Santa-Cruz à Puerto de
la Cruz (ici, comme dans toutes les îles des Canaries, on les appelle, les
guaguas). En moins de 30' et pour 5,90€, pour 2, nous arrivons à la gare
routière de Puerto de la Cruz ... une centaine de mètres à pied et nous
entrons dans l'hôtel. Notre chambre est prête, nous pouvons nous installer
et surtout nous changer. Ici, Short et tee-shirt légers sont de rigueur.
Nous sommes au 3éme étage, avec un balcon, donnant sur la rue. Au 6éme
étage, sur le toit de l'hôtel, il y a 3 piscines qui entourent le bar de
l'hôtel, la vue y est très sympa, l'Océan Atlantique, d'un côté, le Teide
de l'autre ... nous sommes au cœur de la ville, cet hôtel est vraiment
très bien situé. Nous passons le reste de l'après-midi à arpenter les rues
de la Ville, avant de rentrer manger. La journée a été longue et pour
notre première soirée, nous nous couchons de bonne heure ...
Mercredi 21
octobre
Nous avions décidé d'aller voir
le Teide, en prenant le guagua, mais il pleut sur le sud de l'île et la
vue est complètement bouchée, donc ça ne sert à rien de passer 1h30 en
bus, pour y aller, pour être dans la brume et ne rien voir, et encore
1h30, pour revenir, alors qu'ici, il fait toujours aussi beau et chaud.
Nous profitons donc du soleil, en passant la journée à nous reposer, sur
la promenade le long de l'Océan, en remettant cette ballade à plus tard.
Jeudi 22
octobre
C'est
le jour que j'ai choisi pour aller retirer mon dossard au Parc des
Expositions de Santa Cruz de Tenerife, encore une fois, nous décidons d'y
aller en guagua. Il fait toujours aussi beau et nous partons en tenue
légère ... mais après une dizaine de minutes de route, le ciel s'assombrit
brusquement, et des gouttes commencent à tomber ... on se dit que ça ne va
pas durer, et c'est vrai que la petite pluie fine ne dure pas longtemps,
elle laisse la place à des trombes d'eau ... le guagua roule au ralenti,
la visibilité est quasiment nulle, la jeune femme qui conduit est très
prudente et ne prend aucun risque, c'est un véritable déluge. Sur les
cotés de l'autoroute, l'eau tombe en cascade du sommet des murs de
soutènements, entraînant des pierres et de la boue ... En arrivant aux
abords de Santa Cruz, la pluie cesse de tomber, mais le ciel reste
toujours aussi noir. De la gare routière, il y a environ 1km à parcourir,
pour aller au retrait des dossards, et nous décidons d'y aller en marchant
vite ... Nous arrivons à la porte du Parc des Expositions, sans avoir reçu
une goutte d'eau ... Nous faisons un rapide tour des stands, assez
nombreux, avant d'arriver au retrait des dossards ... Après avoir présenté
mon passeport, le sympathique bénévole, qui ne parle, ni français, ni
anglais, me remet une grande enveloppe contenant le dossard, le bracelet,
le ticket pour le bus, le ticket pour le repas d'après course, une dizaine
de gels et sachets de poudre, de marques différentes, de nombreux
prospectus, un sac bleu, une étiquette autocollante et le tee-shirt de la
course. Puis il me tend un sachet avec une puce, et vu le geste qu'il me
fait, je comprends que c'est maintenant qu'il faut que je paye les 10€ de
caution, je lui donne donc un beau billet de 10€, ce qui lui donne le
sourire ... ça n'a pas duré longtemps, et sans parler la même langue, nous
avons réussi à nous comprendre. En attendant, j'avais amené mon sac, avec
le matériel obligatoire, mais personne ne l'a vérifié ... Nous faisons une
petite photo souvenir, avec Eva, devant le panneau publicitaire de la
course ... heureusement, car un autre bénévole, m'interpelle en espagnol,
en me montrant une puce, je lui montre que j'ai déjà la mienne, alors il
me fait comprendre qu'il faut que je passe dans un autre stand pour la
contrôler, c'est sympa de m'avoir renseigné, parce que ça, je ne l'avais
compris ... Une fois ce contrôle effectué, nous allons pouvoir partir ...
mais, impossible de sortir ... la pluie qui tombe est impressionnante, en
plus le vent s'est levé et quelques arbres sont tellement penchés, qu'ils
menacent de se déraciner et de tomber sur les voitures ... comme toutes
les personnes, nous sommes coincés, dans le Parc des Expositions, en
attendant une accalmie ... Nous refaisons un tour des stands ... puis un
arrêt à la buvette pour boire un petit café ... plus d'une heure que nous
attendons, mais à l'extérieur, rien ne se calme, c'est la tempête ...
Après encore trente bonnes minutes d'attente, la pluie semble s'arrêter,
nous en profitons pour rejoindre la gare routière ... à grandes enjambées
... heureusement car, à peine arrivés, la pluie recommence à tomber, nous
avons eu de la chance ... Il y a des guaguas toutes les 30', donc nous
n'attendons pas longtemps. Espérons que l'autoroute soit praticable et que
nous puissions rejoindre Puerto de la Cruz ... Le chauffeur, qui roule au
ralenti, va mettre 30' pour arriver à la hauteur de la sortie pour
l'aéroport, environ 6km, depuis le départ ... ensuite, il y a un peu moins
de trafic et ça roule un peu mieux, et enfin une dizaine de km avant
Puerto de la Cruz, plus une goutte d'eau, mais nous avons quand même mis
1h20' pour rentrer ...
Vendredi 23
octobre
Les journaux
télévisés de Canal Canaria, montrent en boucle, les dégâts causés par les
chutes d'eau de jeudi, et le pire, c'est que les journalistes annoncent
que l'eau continue de tomber dans tout le sud de l'île, provoquant de plus
en plus de catastrophes. Ce n'est pas très rassurant, surtout que les
autorités ont même fermé l'aéroport, par mesure de précaution ... Bon,
pour nous, pas de problèmes, il y a toujours un beau soleil, et il fait
toujours aussi chaud, mais impossible de voir le sommet du Teide, il est
complètement dans la brume ... ça ne va pas être facile, de passer sur les
chemins qui permettent d'y accéder ...
Les bénévoles
continuent de préparer le village d'arrivée, les tentes sont toutes
montées ainsi que les arches d'arrivée, et il y a une multitude de
barrières pour canaliser le passage des coureurs et empêcher les touristes
de traverser la ligne d'arrivée ...
Dans
l'après-midi, les organisateurs envoient un mail à tous les participants
pour nous prévenir de prévoir une deuxième couche étanche et nous dire que
nous pourrons prévoir un deuxième sac avec des affaires sèches, car ils
vont mettre en place un endroit supplémentaire sur le parcours pour que
nous puissions nous changer ... ça me rappelle un peu l'UTMB, sauf que là,
pas de SMS, que des mails, ça veut dire qu'il faut obligatoirement, avoir
la possibilité de consulter ses mails à n'importe quel moment, pas
toujours facile !!! Pour l'instant, nous passons la fin d'après-midi, au
bord de la piscine de l'hôtel, tranquillement ... ce soir, je ne traîne
pas car demain, le réveil sonne à 3h45' ...
Samedi 24
octobre
C'est
le jour J, je n'ai pas besoin d'éteindre le réveil, car je ne l'ai pas
laissé sonner, ça fait déjà un petit moment que je suis réveillé, le
sommeil a été perturbé ... le bonhomme est un peu stressé, c'est rare,
mais là, je m'en rends compte ... pendant que je déjeune copieusement, je
regarde les infos sur la télévision et ce sont toujours les mêmes images,
comme hier, des voitures emportées par l'eau, des rivières à la place des
routes, des maisons effondrées ... bref, pas de choses positives ...
J'enfile ma tenue de coureur, mon sac est prêt ... j'ai envie de l'ouvrir,
mais je l'ai déjà vérifié (au moins 2 fois) hier, donc j'ai juste à mettre
mon téléphone à l'intérieur ... ne pas oublier mon dossard ... mettre mes
chaussures, (re) vérifier que ma puce tient bien ... un petit bisou à Eva,
et je pars en direction du lieu de départ des guaguas, à côté de la ligne
d'arrivée ... Il est 4h40, il y a du monde dans les rues, beaucoup de
jeunes qui sortent des boites de nuit, ils ne sont pas méchants, mais ils
parlent forts, ils chantent, enfin, bref, ils font la fête ... J'arrive
dans le Boulevard, où nous devons prendre les guaguas ... il y a 4
coureurs assis sur un banc, je les salue, poliment, on ne se connait pas
mais nous savons que nous allons faire la même chose, puisque nous sommes
tous en short, avec un sac à dos et un dossard sur le ventre ... un peu
plus loin, 2 autres sont eux aussi assis sur un autre banc ... Mais aucun
guaguas, à l'horizon ... Les pancartes et les barrières qui interdisaient
aux voitures de se garer, le long du boulevard, pour permettre aux guaguas
de prendre leurs places, ont été enlevées et des voitures sont garées, sur
les emplacements ... Nous sommes maintenant une bonne quinzaine à attendre
et évidement, il y a des anglais, irlandais, allemands, italiens et je
suis le seul français, et personne ne semble comprendre ce qui se passe.
Je décide d'aller voir, vers la ligne d'arrivée, au cas ou des bénévoles
de l'organisation, pourraient nous renseigner, un allemand vient avec moi
et ... ho! surprise, il n'y a plus rien sur le village d'arrivée, plus une
seule tente, plus d'arches, plus de barrières, la promenade est redevenue
comme avant ... Il faut se rendre à l'évidence, il ne va rien se passer
ici ... Nous retournons vers les autres coureurs pour leur annoncer qu'il
n'y a plus rien sur la ligne d'arrivée, et là, tout le monde se met à rire
... mais pour nous tous, c'est plutôt la déception ... chacun y va de sa
petite histoire, il y en a 2 qui sont venus en taxi, et qui vont devoir en
appeler un autre pour repartir ... bref, c'est tous déçus, que nous
rejoignons nos hôtels respectifs.
En arrivant à
l'hôtel, le gardien qui m'avait vu partir il y a presque 1h30, me dit
gentiment : "Ca y est, vous êtes de retour, ça fait du bien d'aller
courir de bonne heure !" ... Alors, je lui raconte notre mésaventure,
et comme il ne savait pas qu'il y avait une course, il a regardé sur le
site Internet de la course et c'est là qu'il m'a confirmé que la course
était annulée ... j'en ai profité pour regarder mes mails et nous avions
tous reçu un mail vers 23h, pour nous annoncer l'annulation ... Quand je
suis arrivé devant la porte de la chambre, il a fallu que je frappe
plusieurs fois pour qu'Eva daigne l'ouvrir ... et sa première phrase a été
: "Tu as raté le Bus ...!" mais après lui avoir tout expliqué, elle
m'a dit : "Et bien ça sera la course la plus rapide que tu auras
faites" ...
Bon, c'est
vrai que c'est rageant, mais quand on voit les dégâts, on peut comprendre
que les secours, mobilisés, pour notre sécurité, pendant la course,
étaient certainement plus utiles pour aider les gens qui se retrouvent
sans rien, pour nous, ça reste du sport et du loisir, mais encore une
fois, tout le monde n'a pas de téléphone recevant les mails, surtout quand
on part pour courir, c'est toujours dommage de prendre le risque de casser
un Iphone, un vieux téléphone fait largement l'affaire et les SMS, ont
largement fait leur preuve dans de grandes épreuves comme l'UTMB, par
exemple ... dommage, aussi qu'il n'y ai pas eu une personne qui soit à
l'endroit du départ des guaguas, pour expliquer ce qui se passait ...
Dans
l'après-midi, je décide d'aller courir un peu ... il faut que je bouge,
j'ai des fourmis dans les jambes. Une bonne sortie d'une heure me fait du
bien, je suis calmé et je peux boire un bon cocktail, au bar avec Eva ...
mais pas au bar de la terrasse, car il pleut. Nous allons essayer d'aller
jusqu'au Teide demain. Il y a un guagua à 9h30, cela va dépendre du temps
qu'il va faire.
Dimanche 25
octobre
Pas de chance
pour le Teide, il est encore une fois noyé dans la brume ... donc ça ne
sert à rien, d'y aller ... décidément, il faudra revenir ... Je décide
d'aller trottiner, comme hier, sur la dernière partie du parcours de la
"course", mais après l'hôtel "Maritim", le chemin est barré, impossible de
passer, de la terre et des pierres ont glissé de la montagne et le chemin
est impraticable, je suis passé hier et il n'y avait rien, c'est surement
la pluie tombée en fin d'après-midi qui a provoqué ça. J'emprunte un autre
passage et je continue ma sortie ... 1h30, à gambader, ça vide un peu la
tête, et ça fait du bien ...
Sans
nouvelles de l'organisation, ni sms, ni mail, nous sommes rentrés en
France avec ma puce, en souvenir, ne sachant pas où la rendre, en échange
de la caution. Maintenant, après quelques jours, je relativise et même si
j'ai perdu, le prix de l'inscription, la caution de la puce,
l'investissement financier pour passer une semaine à Tenerife ... je me
dis que de toutes façons, en cas d'annulation pour raison climatique, même
en France, j'aurai perdu, aussi, beaucoup, donc, ça reste du loisir, il y
a des choses plus graves, notamment pour les gens, qui se sont retrouvés
sans rien, en voyant leurs maisons ravagées par la montée des eaux.
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LE 5 NOVEMBRE, PAR LE PLUS GRAND DES HASARDS, EVA REGARDE LE SITE DE LA
COURSE ET GROSSE SURPRISE, ELLE VOIT QUE L'ANNONCE D'ANNULATION A
DISPARUE, A LA PLACE, IL Y A:

CE QUI VEUT DIRE QUE LA COURSE VA SE DEROULER LE 28 NOVEMBRE 2015
Sans
perdre de temps, j'envoie un mail aux organisateurs pour connaître la
marche à suivre pour pouvoir participer à l'épreuve. Je n'aurai pas de
réponse ... et c'est grâce à la page Facebook, d'un ami que j'arrive à
avoir toutes les informations : il faut que je remplisse un formulaire, en
indiquant, si j'ai toujours mon dossard, ma puce etc... et si j'accepte de
revenir ... en surtout envoyer le formulaire par mail avant le 9 novembre.
Comme ça ne coute rien de remplir le formulaire, je commence par ça.
Surtout que pour Eva, ça ne fait aucun doute, il faut que je retourne
faire cette course ... Puis, je cherche un vol ... peu importe l'aéroport
d'arrivée et il ne me faut pas longtemps pour dénicher un aller le
mercredi 25 novembre et un retour le dimanche 29 novembre, avec la
compagnie Ryanair, au départ de Beauvais et arrivée à l'aéroport sud "Reina
Sofia", pour 72,92€ A/R ... Je connais la compagnie Ryanair, car je
suis déjà aller à Rome, 3 fois avec eux, pour 20€ ... Je sais que si je
prends un bagage en soute, ça va me couter 15€ de plus par vol, soit 30€
de plus et que tout est payant à l'intérieur de l'avion, mais bon, quand
on le sait, ce n'est pas grave, il suffit de prendre ses dispositions ...
Reste à trouver un hôtel, et là aussi, ça va aller très vite, j'opte pour
le 4Dreams Hôtel qui me propose 3 nuits avec petits-déjeuners pour 92,81€,
ce qui me fait un total de 165,73€ ... excellent, dommage qu'Eva ne puisse
pas venir ... C'est donc reparti pour un 3éme voyage vers Tenerife en
moins de 5 mois ...
Mercredi 25
novembre
Petit voyage
de 2h en voiture pour rejoindre Beauvais, dépose de la voiture chez un
particulier à moins de 200m de l'aéroport, pour 3€ par jour et hop,
enregistrement du bagage en soute ... petit café ... et à 11h,
embarquement pour un décollage à 11h30. Pendant les 4h de vol, sans
perturbations, j'ai réussi à dormir un peu. Grâce au décalage horaire,
nous atterrissons à 15h30 sur l'aéroport sud de Tenerife. Je récupère mon
bagage et en sortant de l'aéroport, je vois le Bus n° 343, juste devant
moi, je mets mon bagage dans la soute e je monte à l'intérieur en payant
13,50€ pour aller jusqu'à Puerto de la Cruz, en principe, il faut moins de
1h30 pour y arriver, mais le Bus passe par l'autre aéroport et ça peut
prendre un peu plus de temps ... Ce n'est pas grave, j'ai le temps. Le Bus
arrive à 17h15, à la gare routière de Puerto de la Cruz et il me faut 15'
pour rejoindre le "4Dreams Hôtel" où je vais loger pendant mon séjour.
Après avoir pris une bonne douche et ranger mes affaires, je décide
d'aller manger, car j'ai faim. En faisant un petit tour dans la ville, je
vois qu'il y a des manèges le long du Port de pêche, mais ils sont tous
fermés, la fête va commencer vendredi ... j'espère que je vais pouvoir
dormir !!! Pour ce soir, ça devrait aller, surtout que le voyage m'a, un
peu fatigué, donc après avoir mangé, je ne tarde pas à rejoindre l'hôtel
pour me coucher.
Jeudi 26
novembre
Après
un copieux petit-déjeuner, je flâne un peu sur la terrasse de l'hôtel,
près de la piscine, je suis tout seul, j'en profite pour faire quelques
photos, car la vue est superbe. Puis vers 10h, je décide d'aller courir un
peu pour me dégourdir les jambes ... Je fais un aller/retour, d'une
dizaine de km, jusqu'à une superbe plage de sable fin, coincée entre 2
rochers, la playa "El Bollullo" ... Une petite douche et je vais
faire quelques courses pour manger ce midi ... L'après midi, je me repose
un peu dans la chambre et je vais faire un tour du côté de la ligne
d'arrivée pour me repérer un peu ... puis je retourne manger dans le même
resto qu'hier soir, les pâtes étaient tellement bonnes que je reprends la
même chose ...
Vendredi 27
novembre
C'est
à peu près la même chose que jeudi, sauf que je ne vais pas courir et que
je prépare mes affaires pour courir, des affaires pour prendre ma douche,
à l'arrivée de la course et me changer, ainsi que mon bagage que je vais
laisser en consigne à l'hôtel pour la journée de samedi. Comme je ne
pourrais pas déjeuner le samedi matin, à l'hôtel, je fais quelques
courses, pour manger avant de partir et je prévoie aussi pour le samedi
soir à l'aéroport ... beaucoup de choses à penser, mais tout va bien, je
ne stresse pas et je m'organise tranquillement. Vers 19h, je retourne au
même restaurant pour manger une grosse assiette de pâtes, et je m'aperçois
qu'il y a beaucoup plus de monde en ville, les terrasses sont pleines et
il y a des groupes de musique un peu partout ... je mange rapidement et je
regagne l'hôtel, pour essayer de dormir, sachant que je dois me réveiller
à 3h45' ... Je demande à la réception de me réveiller avant 4h. Je passe
un petit coup de téléphone à Eva, pour lui dire que tout va bien et elle
me propose de m'appeler un peu avant 4h demain matin, ça me rassure. J'ai
du mal à trouver le sommeil car j'entends les bruits dans la rue ... Vers
22h, je mets mes boules "Quiès"... et je peux enfin m'endormir ...
Samedi 28
novembre
C'est
le Jour J, réveillé vers 3h du matin, j'ai attendu que mon réveil sonne
pour me lever. Puis, c'est le gardien de l'hôtel qui m'a appelé et j'ai
reçu le coup de téléphone d'Eva, tout ça en moins de 10' ... je peux
déjeuner tranquillement, prendre ma douche et m'habiller, sans avoir à
courir ... Je suis prêt pour l'aventure ... 4h30, je dépose mon bagage à
la réception de l'hôtel, le gardien est au courant et m'ouvre une pièce où
je peux le déposer pour la journée. Puis je vais jusqu'à l'endroit où nous
devons prendre le Bus en direction de Villaflor ... Nous sommes peut-être
60 à attendre, et il y a 2 Bus, je monte dans l'un d'entre eux et je
m'installe derrière le chauffeur ... nous ne sommes que 18 à l'intérieur.
Il est juste 5h quand nous quittons Puerto de la Cruz ... Je pensais que
le Bus allait s'arrêter tout le long de la route pour effectuer le
ramassage des participants, mais non, nous n'avons fait qu'un seul arrêt ,
à Los Cristianos pour embarquer 3 coureurs, avant d'arriver à Villaflor, à
tout juste, 7h00. Il fait encore nuit et surtout, il fait froid ... Je
marche un peu pour me réchauffer ... vers 7h30, j'enlève le maillot chaud
à manches longues que j'avais sur moi et j'enfile des manchettes et mon
coupe vent, je range le maillot chaud dans le sac que je vais retrouver à
l'arrivée, avec mes affaires pour la douche, j'hésite pour le bas, j'avais
prévu de laisser le collant long dans le sac ... allez, je le garde. Si je
veux l'enlever, il ne prend pas beaucoup de place, je le mettrai dans mon
sac. Cette fois, je dépose mon sac, et je rentre dans le sas où l'on me
demande si j'ai ma lampe, ma couverture de survie, mon coupe vent, un
bonnet, une réserve d'eau, un sifflet ... etc., sans rien vérifier !!!
bon, ce n'est pas grave, j'ai la conscience tranquille, car j'ai tout.
Puis je passe sur le tapis et j'entends le "Bip" de ma puce ... Il reste
moins de 10' à attendre, et je ne comprends absolument rien à ce qui est
dit, car tout est en espagnol ... même pas un
petit mot en anglais ... Et tout à coup ... "PAN", c'est parti ...

Cette
fois, ça y est, je me retrouve à peu près dans le milieu du peloton, ça
grimpe un peu, mais je cours au rythme des autres. Vers le 2éme km, nous
quittons le bitume pour entrer sur un chemin et une trentaine de mètres
après, il faut passer une chicane, faite de pierres empilées les unes sur
les autres, et bien sur, nous ne pouvons la passer qu'un seul à la fois,
mais comme le peloton est déjà bien étiré, cela ne pose aucun problème, je
n'ai même pas eu à ralentir pour passer cette obstacle. Il fait toujours
froid et beaucoup de participants sont encore très couverts, malgré la
pente ascendante du parcours. Après 40' de montée, j'arrive au 1er
ravitaillement, déjà 5km de fait, je ne m'arrête même pas. Je ne cours pas
très vite, mais je grimpe et j'ai décidé d'aller jusqu'au sommet en
m'économisant le plus possible. Le paysage est magnifique, le Teide est en
face de nous, impressionnant ... la seule petite halte que je me permets,
ne dure que quelques secondes, juste le temps d'enlever mon coupe vent et
le ranger dans mon sac ... je passe le point le plus haut de la course, à 2481m
d'altitude, en 2h30'pour, à peine 14km de
course ...

Dans la 1ére montée, il ne fait pas chaud (à
gauche). J'ai enlevé le coupe vent (à droite).

Superbe passage face au Teide.
D'après le
profil de la course, nous devons rester environ une trentaine de km au
dessus de 2000m d'altitude, avant d'atteindre une belle descente nous
ramenant à 500m d'altitude ... mais pour l'instant, j'ai hâte d'arriver au
ravitaillement car je n'ai plus beaucoup d'eau ... Je perds beaucoup de
temps dans la 1ére descente, il faut passer entre les rochers en faisant
attention de ne pas se blesser, car les pierres sont très abrasives, pas
facile, cette fois, je n'ai plus une goutte d'eau ... je pense qu'il me
reste encore 3 ou 4km pour atteindre le ravitaillement, mais le temps
passe et je ne cours plus depuis un bon moment, à cause du terrain, et je
commence à douter ... vais-je arriver avant la barrière horaire ? De
nouveau, il faut remonter et cette fois, par un chemin tout en zigzags à
flanc de montagne, je n'ai pas d'autre choix que de suivre mes
prédécesseurs. Heureusement, du sommet de cette belle montée, j'aperçois
le ravitaillement, au loin ... je peux même recourir un peu, et j'arrive
donc au km 19 en ... 3h59' !!! Je ne perds pas de temps, je remplis mes 2
bidons, je bois un grand verre d'eau et un autre de Coca, puis je repars
en direction du prochain ravitaillement en espérant rattraper un peu mon
retard, j'ai 1h30 d'avance sur la barrière horaire et je suis pointé en
ressortant du ravitaillement 194éme pour 4h02' de course. Le chemin est
assez large, je me retrouve seul et j'ai repris un bon rythme, il y a
quelques petites montées mais sans difficultés, le profil me paraît plus
descendant, le sol est de plus en plus mou et il y a un beau passage qui
fait penser au désert, sauf que là, le sable est noir ... et en attendant,
je ne traine pas, le moral est revenu.

Pour arriver
au ravitaillement de El Portillo, au km32, il faut grimper un beau petit
raidillon, mais il y a tellement de monde au sommet, en train de crier
pour nous encourager, que personne ne marche, on y arrive tous en courant
et pour moi, c'est une belle surprise, je pointe en 5h23' et je suis
classé 193éme.

Belle montée, pour arriver au ravito de El
Portillo ... et beaucoup d'encouragements ...
Je remplis encore une fois mes 2 gourdes et
après avoir bu un grand verre de Coca, je repars avec comme objectif le
ravitaillement de La Corona, dans environ 20km, au pied de la dernière
difficulté. Toute
cette partie est en descente et je me rends vite compte que beaucoup de
participants ont certainement été trop vite, car ils sont nombreux à
marcher, en descendant, alors que moi, je trottine tranquillement ... j'en
profite, pendant que tout va bien ... Je pensais que La Corona était au
pied du dernier gros morceau à avaler, mais pas du tout, en arrivant au
km45 ... c'est le choc, il faut grimper, encore une fois, à flanc de
montagne par un sentier, avec des marches en pierres ... tellement hautes
... que j'ai du mal à avancer, mais bon, ça va le faire, je regarde
l'altitude sur ma montre et je vois que je progresse, quand même ...
J'arrive à La Corona, je bois encore un grand verre de Coca et je remplis
mes gourdes, je suis classé 166éme et j'ai mis 9h20' pour faire 52km. Le
redémarrage est difficile, car la pente est raide, j'ai hâte de passer le
sommet ... tous les 50m de D+, je marque une pause, je n'ai pas envie que
mon vieux cœur de V3, explose, donc je le ménage ... il me faut 20' pour
faire les derniers 50m de D+, avant de passer une pancarte indiquant
la fin de la montée. Quel soulagement, au sommet, il y a une
tente, avec de nombreux secouristes, ils me parlent, mais en espagnol, et
comme ils voient que je ne comprends pas, ils s'approchent de moi, pour
m'aider à gravir les dernières marches ... et quand je leur dit, que tout
va bien, en français, avec le pouce levé, ils me font comprendre qu'il n'y
a plus de montées et qu'il reste 12km jusqu'à la ligne d'arrivée. Je me
remets à courir dans la descente, en faisant attention, car c'est humide
et ça glisse. J'arrive à La Rambla de Castro, et d'un seul coup, plus de
jambes ... c'est le coup de fatigue, je n'ai pas de crampe, j'ai mal nul
part, mais impossible d'avancer, le bonhomme est au ralenti ... Quel
dommage, moi qui avait quasiment appris par cœur les derniers km, me
voilà, en train de marcher, sur ce si beau petit sentier ... et ça dure,
je marche, mais bon c'est sur, je vais finir. La nuit est tombée, mais il
ne me reste plus que le chemin qui mène à l'hôtel "Maritim", juste
quelques centaines de mètres, et après c'est la ville avec tous les
éclairages, je n'ai pas envie d'enlever mon sac pour sortir ma lampe ...
mais avant de de prendre le chemin, il y a 2 bénévoles qui m'arrêtent et
me font comprendre qu'il faut mettre la lampe ... je fais vite pour la
sortir et à peine allumée, je continue le chemin, toujours en marchant ...
Il faut remonter une petite pente pour atteindre l'hôtel "Maritim" ... ça
y est, j'y suis, il y a un ravitaillement, mais je ne prends rien. De là,
je vois toute la ville de Puerto de la Cruz ... Je me remets à trottiner,
il y a des gens qui applaudissent, je double des participants, qui sont au
ralenti, comme je l'étais, tout à l'heure. J'ai l'impression d'accélérer,
tout va bien, j'entre dans le dernier km, sur la promenade du front de
mer, il y a de plus en plus de monde ... je sors mon drapeau Français que
je brandis au dessus de ma tête, j'entends des gens crier "Allez La
France", encore quelques mètres ... le speaker annonce mon arrivée : el
frances Fabrice Humbert ... c'est fait, j'ai fini, je passe sous l'arche,
en 11h19'28", aussitôt une jeune femme vient me mettre la médaille de "Finisher"
autour du cou. Je suis très heureux, je suis 172éme de la course, et je le
suis encore plus quand on m'apprend que je dois aller sur le podium pour
recevoir un trophée car je termine 3éme de la catégorie Vétéran B.

Je n'ai malheureusement pas beaucoup de
temps, car mon dernier "guagua" en direction de l'aéroport est à 21h20,
pas question de le rater, c'est donc au pas de course que je récupère mon
sac, avec mes affaires pour prendre ma douche ... pas de chance, l'eau est
froide, mais ça fait quand même du bien ... une fois habillé et lavé, j'ai
le droit d'aller manger une portion de pates, ça tombe bien car je
commence à avoir faim, mais là aussi, pas de chance, les pates sont
froides ... mais bon, ça passe quand même ... je passe rendre ma puce et
récupérer les 10€ de caution, et comme il est déjà 20h40', je vais voir
les organisateurs pour les prévenir que je ne pourrais pas être là pour le
podium, car je dois passer par l'hôtel, pour récupérer ma valise et
rejoindre la gare routière pour prendre le "guagua" de 21h20 ... Ils sont
très sympas, et comprennent tout à fait que je ne peux pas rater mon
avion, alors ils vont chercher mon petit trophée et me le remettent vite
fait, devant le podium, j'ai trouvé ça très sympa de leur part. Je les
remercie et je pars très rapidement.

Encore un beau souvenir ...
Reportage d'une chaine
de télévision espagnole, RTVE.es
https://www.youtube.com/watch?v=PM4hsFALNiA
Prochaine édition : 11
juin 2016
Tous les renseignements, sur le site de la course :
http://www.tenerifebluetrail.com/
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